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Le cœur du SR-71 "Blackbird" : le puissant réacteur J-58

Genèse

1.5 : Projets et dérivés

par  Philippe Ricco

Sommaire du dossier

1 : Genèse

> 1.1 Développement
> 1.2 Évolutions
> 1.3  Les essais
> 1.4  Perfectionnements
> 1.5  Projets et dérivés
> 1.6  Notes sur les désignations

2 : Description technique

> 2.1  Le compresseur
> 2.2  La chambre de combustion
> 2.3  La turbine
> 2.4  La postcombustion
> 2.5  Le dispositif de dérivation
> 2.6  Équipements et accessoires
> 2.7  Régulation
> 2.8  Lubrification
> 2.9  Le carburant
> 2.10 Performances

3 : Utilisation (à paraître : N°13)

> 3.1 Introduction
> 3.2 Le combiné turbo-stato de Pratt & Whitney
> 3.3 L'entrée d'air
> 3.4 La tuyère
> 3.5 En vol
> 3.6 Désamorçages
> 3.7 Commande automatique
> 3.8 Mise à jour des techniques
> 3.9 Préparatifs

4 : En savoir plus sur le SR-71

Un premier lot de 50 moteurs fut livré à Lockheed en 1963 pour équiper les A-12 et les YF-12. Une seconde commande d'une centaine d'exemplaires s'y ajouta en 1964 pour équiper les SR-71.

Pratt & Whitney avait de grands projets pour son super- réacteur JT-11. Peu d'entre eux virent le jour sous forme de prototype, et seuls les J-58 destinés aux Blackbirds débouchèrent sur une petite série. Des adaptations de ce moteur furent proposées pour toutes les études de l'époque sur les programmes hypersoniques, très prisés dans les années 1950-60, tels que les
SST, ou le Convair BJ-58. Ce quadriréacteur, connu aussi sous le nom de B-58C, se présentait comme un avion supersonique de transport volant à Mach 2,5 en croisière à plus de 21 300 m (70 000 ft), propulsé par quatre J-58 sans postcombustion de 10 400 kgp (23 000 lbt), dont deux disposés dans des nacelles en bout d'ailes. Un dérivé militaire de ce Convair modèle 58-9 fut aussi annoncé sous le nom de modèle 62. Il aurait du être capable de transporter 52 passagers. Des variantes d'interception biréacteurs appelées B-58D (pour l'Air Defence Command) et B-58E (pour le Tactical Air Command) furent aussi proposées, équipées de deux J-58 dont la poussée aurait été portée à plus de 13 600 kg (30 000 lb). Il est vraisemblable aussi que le Pentagone favorisa la profusion des projets employant ce type de propulseurs afin de ne pas trop attirer l'attention sur le A-12.

Il fut également envisagé plus tard de développer une version à double flux du J-58, en y adaptant une soufflante de grande dimension.

Pratt & Whitney proposa même une version "nucléaire" du J-58, avec un système à cycle indirect, alimenté par un réacteur à combustible solide, refroidi par un dispositif en double boucle. L'USAF avait l'intention d'en équiper un avion-missile capable de faire de la pénétration à basse altitude. Ce programme nommé "
CAMAL" fut annulé en 1960, mais il fut demandé à Convair, qui travaillait aussi sur ce projet, de construire deux avions subsoniques NX-2 pour expérimenter ce mode de propulsion, en concurrence entre Pratt & Whitney et General Electric. Ces études devaient notamment permettre de comparer deux écoles: les réacteurs nucléaires à flux direct tels que les envisageait General Electric (système le plus simple mais le plus polluant car de la matière radioactive devait être envoyée directement dans les chambres de combustion), ou le cycle indirect proposé par Pratt & Whitney, dans lequel devait intervenir du sodium liquide pour transférer les très hautes températures entre le réacteur nucléaire et les chambres de combustion du propulseur J-58. Le tout devait voler en 1965 sous la désignation WS-125A/L mais fut radié dés 1961, au profit du "Weapon System" (système d'arme) WS-110A qui donna naissance au North American XB-70 "Valkyrie". Certains réacteurs nucléaires de Pratt & Whitney furent repris un peu plus tard par la commission pour l'énergie atomique dans ses systèmes auxiliaires de puissance nucléaire (SNAP: "System for Nuclear Auxilary Power"). Cependant, malgré quelques essais d'embarquement d'un réacteur nucléaire à bord d'un bombardier géant Convair B-36 spécialement modifié (alias X-6), jamais aucun propulseur atomique ne fut testé à bord d'un avion. Pas même le système General Electric, pourtant plus avancé que celui de Pratt & Whitney.

Il est intéressant également de signaler un autre projet dérivé du J-58: le SNECMA M-35. En effet, en 1959, la société française SNECMA avait signé un accord de partenariat avec Pratt & Whitney qui lui offrait d'assez enviables perspectives. Aussi, lorsque la France décida, au début des années 1960 de se lancer à la conquête du transport supersonique, la SNECMA dut étudier un moyen de propulser le futur avion. Celle-ci négocia alors la possibilité de fabriquer sous licence le JT-11B3, version civile en cours de développement du J-58. C'est donc sous la désignation M-35 que ce réacteur monoflux de la classe des 10 tonnes de poussée fut présenté dans les dossier d'installation établis par les avionneurs français. L'accord franco-britannique de 1961 mit fin au projet par décision d'équiper le futur "
Concorde" d'un turboréacteur d'origine britannique: l'Olympus. Cependant, on trouve parfois mention de ce réacteur M-35 dans des projets d'avions trisoniques, assez en vogue en France à cette époque.

©
Aérostories 2002                                                                    > suite

Le projet de bombardier Convair B-58C devait être équipé de 4 réacteurs J-58 sans réchauffe.
© Convair

En variante civile, le Convair modèle 62 devait avoir les mêmes réacteurs.
© Convair

Cet étrange appareil expérimental, le Convair NX-2, devait être construit en deux exemplaires pour tester les réacteurs nucléaires de General Electric et de Pratt & Whitney. En effet, une variante atomique du J-58 fut sérieusement envisagée.
© Convair

La SNECMA envisagea de construire le M35, qui correspondait au JT11B fabriqué sous licence, pour l'avion de transport supersonique alors en projet (futur Concorde). C'est sans doute pour cela que Pratt & Whitney présenta ce J-58-P2 au salon du Bourget de 1963, alors que le "Blackbird", unique utilisateur de ce réacteur, était encore totalement inconnu. Son existence ne fut en effet révélée que le 29 février 1964.
© coll. Bodemer