Le temps des loups 2

Avertissement.

La version développée dans ces lignes concernant le point de vue d'Adolf Galland  et le prétendu "entêtement" d'Hitler est tout à fait contestable et éminemment sujette à caution. Cet article entaché d'inexactitudes se verra donc remplacé ultérieurement, dans un souci de rigueur historique.
                           
                                              Philippe Ballarini

Le Me-262: pétrel ou hirondelle?

De tous les avions à réaction ayant volé avant la fin de la deuxième guerre mondiale, le Messerschmitt Me-262 est de loin le plus connu du public. Il faut dire que ce biréacteur, le premier avion à réaction réellement opérationnel (si l'on excepte le "Komet" qui était un intercepteur à moteur-fusée), avait suffisamment inquiété le général Spaatz, patron de l'aviation de bombardement américaine, pour qu'il informe Eisenhower qu'il redoutait le pire à cause de ces appareils.

Le 22 mai 1943, Messerschmitt accueille sur le terrain d'essais de Lechtfeld Adolf Galland, excellent pilote, le plus jeune général de la Luftwaffe.

Galland, après l'essai, est conquis: pas de couple de rotation, pas de vibrations, « c'est comme si un ange vous poussait au derrière! ». Il tient enfin le chasseur avec lequel le Reich aura une supériorité aérienne incontestable. Il transmet son enthousiasme à Goering. Reste à convaincre Hitler...

Sept mois plus tard, Hitler se fait présenter le Me-262 et demande à Willi Messerschmitt si l'appareil peut emporter des bombes. Le constructeur, décontenancé, répond par l'affirmative. C'est au tour du Führer de  s'emballer: « Depuis le temps que je réclame un bombardier rapide, capable de se jouer de la chasse ennemie! ». Goering et Galland sont atterrés, mais si le premier ne discute pas, l'impétueux jeune général réussit, grâce à Albert Speer, ministre des Armements, à constituer une petite unité d'expérimentation.

Le turboréacteur BMW n'étant pas prêt, c'est avec un moteur conventionnel que le prototype fit ses premiers essais en vol en avril 1941. Il reçut en supplément les premiers réacteurs BMW 003, mais conserva son hélice. Sage décision, car dès le premier vol, les réacteurs tombèrent en panne. On attendit que la société Junkers ait mis au point son Jumo 004 pour que le 18 juillet 1942, le Me-262 prenne l'air avec simplement ses deux réacteurs.
Le résultat fut un appareil qui volait à 850 km/h, soit 200 km/h plus vite que n'importe quel avion.

Adolf Galland n'est autre que celui qui, losque Goering demanda à ses pilotes de Messerschmitt Bf-109 ce qui leur fallait pour gagner la bataille d'Angleterre , lui répliqua: « Donnez-nous des  Spitfire! »
Il s'offrit le luxe, après une énième blessure en avion, de fumer le cigare sur la table d'opération!

Le veto d'Hitler

Alors que la situation devenait délicate pour la Luftwaffe, deux as, totalisant à eux deux 284 victoires, réclament à Hitler, à l'occasion d'une remise de médailles, un chasseur à réaction et insistent pour obtenir des Me-262. Hitler devient fou de rage et interdit par écrit à Galland qu'on lui parle du biréacteur pour un autre usage que celui de bombardier-éclair, le "Sturmvogel" (oiseau des tempêtes ou pétrel). Bravant l'interdit, Galland constitue une première unité de chasseurs "Schwalbe" (hirondelle) à Osnabrück  et la confie à l'as Nowotny.

Hitler s'entête: un bombardier et rien d'autre! Nowotny n'aura guère le temps de se lamenter sur l'aveuglement du Führer: après sa 258ème victoire contre une vague de bombardiers, il s'écrase au sol.

Dans un sursaut de lucidité, Hitler nomme un Galland destitué par Goering à la suite de Nowotny. C'est trop tard. Quatre cents Me-262 ne pourront rien contre le déferlement de l'aviation alliée qui, force est de le reconnaître, avait eu chaud!

Le pilote Walter Nowotny, as de la chasse allemande: 258 victoires.

Le Kommando Nowotny sema le trouble et l'inquiétude dans l'aviation alliée. A l'instar de ses homologues alliés, l'as français Pierre Clostermann, qui eut maille à partir avec des Me-262 exprime le réel danger que représentait cet appareil. 

Une hirondelle pas simple à piloter!

L'appareil en lui-même, fruit des travaux du Pr. W. Voigt ne souffrait pas de défauts particulier. De plus, ses réacteurs Jumo (ci-dessous) n'avaient pas besoin du carburant à haut indice d'octane requis par les avions à hélices: du fuel pour moteur diesel lui suffisait.
En revanche, le Me-262 se révélait des plus délicats à piloter: le moindre écart pouvait déclencher une catastrophe.
Au-dessous de 6000 tours/minute, les turbines s'arrêtaient et il était quasi impossible de les redémarrer, et en cas de remise des gaz trop brutale, les turbines prenaient feu.

Quatre canons de 30mm rassemblés au nez du fuselage faisaient du Me-262 "Schwalbe" une arme redoutable.

Le chant du cygne

Plusieurs versions  du Messerschmitt Me-262 furent produites, au total  plus de 1400 appareils qui n'en étaient qu'à leurs débuts.

Outre la version Me-262 A-2a, le fameux bombardier ultra-rapide cher à Hitler, et le Me-262A-1a, le premier chasseur à réaction au monde, une version biplace de chasse nocturne, équipée d'un radar FuG 218 avait été développée au début  de 1945 pour la défense de Berlin.

La plupart des appareils ont été détruits, soit au combat, soit du fait des bombardements des aérodromes, ou encore par les allemands eux-mêmes pour éviter que les Alliés ne s'en emparent.

Néanmoins, une véritable chasse aux technologies allemandes avait commencé dès 1944 et certains appareils ont été capturés en 1945.

Cet avion, dont il est désormais évident qu'il aurait pu modifier profondément le déroulement de la fin du conflit, a été victime de l'obsession de Hitler à vouloir du matériel offensif en  négligeant les armes de défense.

Messerschmitt Me-262B1a "Nachtjäger" (chasseur de nuit), modèle biplace équipé d'un radar dont on devine les antennes à l'avant.

Un G.I. garde un Me-262.
La récupération des technologies de pointe allemandes était l'un des objectifs de la campagne d'Allemagne, donnant lieu à une concurrence effrénée entre américains et soviétiques.

Une page perso pour en savoir davantage sur le Me-262.

Tout un site sur le "Sturmvogel".

Un site très complet sur les appareils de la Luftwaffe.
Très documenté mais de navigation délicate.
Pour germaniste averti.