Philippe Ballarini

Le temps des prototypes  1

Le Campini-Caproni CC-2

Les chercheurs en aéronautique d'autres pays n'étaient pas restés inactifs.

L'Italie, en particulier, avait acquis, dans l'entre-deux guerres, une solide expérience en matière d'avions de course très performants. Fraîchement diplômé, l'ingénieur Secondo Campini avait commencé à étudier la propulsion à réaction dès 1929 et s'était déjà distingué dans la construction de bateaux rapides à turbine. Il signa en 1934 un contrat avec le Ministère de l'Air italien pour la conception de deux avions à réaction qui devaient être construits par la société Caproni et livrés au 31 décembre 1936. À cette date, des délais supplémentaires furent nécessaires.

Campini-Caproni CC-2 en vol.
L'appareil est imposant: plus de 12 m de long pour une envergure de 14,63m.
On remarquera au passage, sur l'avant du fuselage, l'insigne fasciste qui sera la marque de nationalité de tous les avions de la Regia Aeronautica.

Le 27 août 1940, le  Campini-Caproni CC-2, au mains du pilote Mario De Bernardi, effectua un premier vol de dix minutes au-dessus du camp de Taliedo. Le second appareil décolla le 30 novembre pour un vol officiel. Le succès fut immense: Mussolini félicita personnellement le pilote et l'invita à effectuer un vol de parade à basse altitude au-dessus de Rome, événement dûment annoncé à la radio.
L'homologation par la Fédération Aéronautique Internationale de ce premier vol officiel d'un avion à réaction eût été valide si l'on n'avait appris le résultat, tenu secret, du
Heinkel He-178.

Le CC-2, en dépit de performances très modestes, était toutefois un appareil intéressant à divers points de vue, capable de joindre Milan à Rome via Pise sans incident, ce qui n'était déjà pas si mal pour un prototype. Si ce n'était son aile droite (on n'en était pas encore aux ailes en flèche), sa ligne préfigurait celle des appareils ultérieurs, bien plus que le He-178. Entièrement construit en duralumin, il était déjà équipé d'une cabine pressurisée pour le vol à haute altitude et de la post-combustion.

En revanche, son réacteur, ou plutôt son "motoréacteur" était d'une conception telle qu'il développait une poussée assez faible (700kg) pour une taille et une masse importantes, ce qui ne lui permettra pas de dépasser 360km/h.

Quant à l'ingénieur Secondo Campini, après avoir élaboré pendant la guerre des sous-marins monoplaces à hydrojet capables de filer 30 nœuds (environ 55km/h) sur 1000km, il partit après la guerre aux Etats-Unis, où il travailla, entre autres, à un projet d'hélicoptère géant, à l'implantation de réacteurs sur l'aile volante
YB-35 Northrop et à la construction du bombardier stratégique  B-49.

Le "motoréacteur" duCC-2:
un moteur classique en étoile Isotta-Fraschini de 600cv alimentait deux hélices de compression et une troisième, régulatrice de flux, destinée à réduire les turbulences. La post-combustion augmentait le volume de la masse gazeuse et la vitesse d'éjection des gaz brûlés.

Essais de tuyère du CC2

Le CC-2 exposé au musée aéronautique de Vigna di Valle. L'insigne fasciste a disparu.

Une page consacrée à cet appareil méconnu.