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Après la
prise d'Okinawa par les américains en juin 1945, les dirigeants
japonais savaient qu'ils perdraient la guerre. Leur marine
de guerre était anéantie, l'aviation réduite à l'extrême
et ne disposant plus de carburant depuis les bombardements intensifs.
Le ravitaillement était rendu impossible en raison des champs
de mines. Leur ultime ressource résidait dans les attaques suicides
menées, entre autres, par les "kamikaze".
On pouvait estimer qu'en raison de l'esprit des militaires
nippons, l'Empire du Soleil Levant pouvait tenir encore deux
ans s'il sacrifiait les 800 000 hommes qui lui restaient
dans les archipels de l'Asie du Sud-Est et les 3 000 000 de
combattants stationnés en métropole, en Chine, en Mandchourie
et en Corée.
Les estimations les plus prudentes avançaient le chiffre de 250
000 à 500 000 hommes perdus par les alliés pour la victoire
sur le Japon. Pour cette raison, à Yalta, les Américains avaient
obtenu de Staline la promesse d'une aide soviétique.
Le 17 juillet 1945, au Cecilien Hof de Potsdam, c'était la
méfiance qui régnait entre Américains et Soviétiques. Pendant
la conférence, Truman
reçut des mains de son secrétaire d'État à la guerre un feuillet
dactylographié: "babies satisfactorely born". Les bébés
étaient bien nés. En clair, la première bombe atomique venait
d'exploser la veille dans le désert du Nouveau Mexique. De
Potsdam, les alliés lancèrent un ultimatum au Japon, le menaçant
d'une "destruction complète et absolue par une arme d'une
puissance inimaginable".
Peu de temps auparavant, 12250 "boys" avaient laissé
la vie à Okinawa. L'opiniâtreté des Japonais fit naître de
sérieuses appréhensions quant au prix à payer pour l'invasion
du Japon.
La décision de lancer la "Bombe" sur le Japon fut vite
prise, et les réticences d'hommes comme Eisenhower n'y
firent rien. Certains suggérèrent que l'on fasse une démonstration
devant les Japonais mais on leur rétorqua que, prévenus, les japonais
feraient sans doute transférer leurs prisonniers sur des cibles
possibles.
Des B-29
"Superfortress"
furent modifiés pour recevoir l'arme atomique. Le 17 décembre
1944, le 509th Composite Group de la 20th
Air Force commença à s'entraîner dans l'Utah à des bombardements
d'un type particulier:
il s'agissait de larguer une unique charge depuis une altitude
très élevée. En fait, seul son chef, le colonel Tibbets, connaissait
la teneur de leur mission. Les équipages s'entraînèrent ensuite
à des largages de "citrouilles", en fait des conteneurs
sans charge nucléaire. Le 18 mai 1945, le 509th arrivait
à Tinian, dans les îles Mariannes et commença en juillet le largage
de "citrouilles" bourrées d'explosifs sur des objectifs
japonais en attendant que, dans le plus grand secret, "Fat
Man" et "Little Boy", les deux bombes atomiques
d'un type différent, fussent convoyées et assemblées. Pendant
ce temps, les "prouesses" des "lanceurs de citrouilles"
faisaient l'hilarité des autres unités: jusqu'à six B-29
pour larguer une seule "citrouille-blockbuster" frisait
apparemment le ridicule. Pour Tibbets, en revanche, la chose était
entendue : si "Trinity" avait explosé, une au moins
de ses bombes en ferait autant.
Le 26 juillet, Tibbets avait reçu l'ordre d'utiliser une
de ses "armes spéciales" dès que la météo le permettrait,
sur l'une de ces quatre cibles: Hiroshima, Kokura, Niigata
ou Nagasaki. La cible devait être clairement visible et le bombardement
s'effectuerait à une altitude proche de 30 000 pieds (environ
9100 m).
Le 6 août 1945, à 1h 37, trois B-29 décollaient de Tinian pour
une reconnaissance météo au-dessus d'Hiroshima, Nagasaki et
Kokura. Les équipages de ces appareils avaient également pour
mission d'observer les effets de la bombe. À 2h45, c'était
au tour du colonel Tibbets de lâcher les freins de sa "Superfortress",
l'Enola Gay. Son appareil modifié (qui ne comportait pas de
tourelle de mitrailleuse, hormis à la queue) emportait "Little
Boy". Au passage au-dessus d'Iwo Jima conquise après
de rudes combats en février, le capitaine Parsons se glissa dans
la soute pour amorcer la bombe. L'Enola Gay se mit alors à
grimper pour atteindre son altitude de bombardement.
Le 6 août 1945 commençait pour les 250 000 habitants d'Hiroshima
une journée banale. Le temps était très clair sur cette ville
réputée pour ses saules d'une beauté exceptionnelle. La ville
avait été épargnée par les raids américains et c'était à peine
si une douzaine de bombes étaient tombées sur la ville en trois
ans. Les habitants s'étaient accoutumés à voir leur cité survolée
par les B-29 qui allaient bombarder d'autres villes du Japon.
À 7h09, les sirènes retentirent: un avion isolé avait été repéré.
Il s'agissait du B-29 "Straight Flush" qui venait
faire des observations météorologiques. Au même moment,
deux autres appareils survolaient Kokura et Nagasaki pour une
mission de reconnaissance identique. Compte tenu des observations,
l'Enola Gay se dirigea vers Hiroshima. À 7h30, les habitants
d'Hiroshima pouvaient entendre le signal de fin d'alerte.
Peu après 8 heures, des servants de DCA repérèrent l'arrivée
d'appareils américains, mais l'alerte ne fut pas réitérée,
car les japonais pensèrent que ces appareils n'effectuaient
qu'une mission de reconnaissance.
Pendant ce temps, dans l'Enola Gay, le colonel Tibbets cédait
sa place au commandant Ferebee, le bombardier de l'équipage.
À 8h 14, "Little Boy" était larguée et l'Enola Gay
fit un rapide virage sur l'aile pour éviter le souffle de
l'explosion. Cinquante-trois secondes plus tard, la bombe
atomique explosait à 580 m au-dessus d'Hiroshima.
Dans les appareils qui survolaient Hiroshima et s'en éloignaient,
les mitrailleurs de queue furent éberlués par le spectacle qui
s'offrit à leurs yeux. Tibbets fit demi-tour. Il vit monter
au-dessus d'Hiroshima un énorme nuage qu'il décrira comme
un énorme baril de goudron en ébullition qui s'élevait en
altitude.
Au sol, 78000 personnes avaient été tuées sur le coup. Il y eut
51000 blessés qui, pour un bon nombre, ne survivront pas. Une
seule bombe avait rayé une ville de la carte.
Ainsi, Truman n'avait pas "bluffé" en prévenant
le gouvernement japonais que le Japon subirait les effets "d'une
arme d'une puissance inimaginable". La nouvelle de la
destruction d'Hiroshima parvint à Tokyo le lendemain du cataclysme,
laissant le gouvernement japonais pantois et sceptique.
Le 8 août, l'URSS entrait à son tour en guerre contre
le Japon, conformément aux accords de Yalta. Les soviétiques pénétraient
en Mandchourie, attaquant l'état fantoche du Mandchoukouo,
en fait entièrement gouverné par les japonais.
Le lendemain 9 août 1945, "Fat Man" allait répandre
à son tour le feu nucléaire sur Nagasaki. Le B-29 "Bockscar"
se dirigea vers Kokura qui, une fois de plus, était sous les nuages.
Conformément à la consigne "no see, no bomb" ("pas
de visibilité, pas de bombe"),
Bockscar se dirigea alors vers Nagasaki où la couverture nuageuse
se déchira, le temps pour la "Superfortress" de larguer
"Fat Man". Le scénario d'Hiroshima se reproduisait,
en à peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki
en faisait un site plus ouvert alors que les collines ceignant
Hiroshima avaient amplifié les effets dévastateurs de l'explosion.
Une seconde importante ville du Japon venait d'être rasée
en quelques secondes par le feu nucléaire.
©
Aérostories, 1999
[ suite
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