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Les hélicoptères français :
de la SNCASE à Eurocopter

SNCASE SE 3210 Super - Frelon

par Daniel Liron

Une version civile

La réussite totale des appareils militaires et de travail aérien encouragèrent le bureau d'études à se pencher sur une éventuelle exploitation civile du Super-Frelon. Il fallait pour cela redessiner la silhouette générale de l'hélicoptère et supprimer le décrochement arrière de la poutre de queue afin de gagner de la place pour l'ajout de sièges supplémentaires et d'un petit cabinet de toilette. La version 37 passagers n'avait rien à envier côté confort à un des meilleurs avions de ligne. Une maquette grandeur dévoilant l'aspect du futur appareil fut exposée au Salon du Bourget en 1965.  Le 321 F fut conçu à partir de la cellule du Super-Frelon de série n° 116.

C'est le chef-pilote Roland Coffignot, assisté de Daniel Bauchart, pilote, et des mécanicien et ingénieur d'essais Turchini et Boutroux  qui eut le privilège de faire décoller le SA 321 F 01 (F-WMHC) pour son premier vol, le 7 avril 1967. Deux  versions différentes étaient envisagées : une pour 34 à 37 passagers, et la seconde mixte, aménagée "cargo/passagers" dotée de 14 sièges et d'un strapontin. Une cloison et une soute fret séparaient le poste de pilotage de la cabine de l'appareil.  Le 321 F se devait de concurrencer les Américains qui utilisaient déjà le créneau "transport civil" avec des Vertol 107 et des Sikorsky S-61 notamment en liaisons off-shore ou interurbaines. La compétition fut serrée mais le 321 F se révéla supérieur à ses rivaux par ses performances beaucoup plus élevées et sa sécurité accrue offerte par les trois moteurs Turboméca solidaires entre eux. Des essais démontrèrent que l'appareil tenait parfaitement le vol sur deux turbines… et même un seul moteur, ceci bien évidemment, dans les cas extrêmes !

Afin de se rendre compte de l'efficacité commerciale de transport de passagers en vraie grandeur une expérience fut tentée avec l'accord des autorités grecques et le soutien financier de l'Armateur Aristote Onassis, propriétaire la compagnie Olympic Airways. Le 321 F assura durant quelque temps la liaison entre diverses îles au départ d'Athènes. En 20 minutes de vol, les îles de Skiatos, Mykonos, Chios et Santorin étaient desservies. (Par la voie maritime il fallait presque 9 heures). L'appareil baptisé "Hermès" était réimmatriculé  F-OCMF.

SA 321 G  "Marine"

Dix-sept exemplaires furent commandés par la "Royale" en 1963. Ces Super-Frelon de type 321 G devaient être ventilés entre l'escadrille 27 S et la flottille 32 F. C'est l'escadrille 27 S qui, en 1967, réceptionna les 4 premiers appareils en version cargo. Cette unité était chargée de la  préparation des équipages et des essais de divers matériels optionnels. Après qualification des équipages durant trois mois, les 4 appareils se retrouvèrent dans le Pacifique, sur la base de Hao, effectuant les liaisons inter îles et la surveillance des atolls. En 1970, un cinquième Super-Frelon vint renforcer l'escadrille qui finalement, fut réduite à deux appareils, les trois autres furent rapatriés en France. La flottille 32 F basée à Lanvéoc-Poulmic reçut  trois SA 321 G destinés à remplacer les anciens Sikorsky HSS-1 en fin de carrière. Ces machines dotées d'un équipement électronique sophistiqué participaient activement à la lutte ASM, ainsi qu'à la protection rapprochée des submersibles nucléaires français stationnés à l'Île Longue. L'armement offensif comprenait quatre torpilles à tête chercheuse type Mk-44 ou quatre grenades anti-sous-marines. Ces Super-Frelon ne chômaient pas dans le cadre de leurs missions courantes, intervenant aussi lors d'opérations anti-pollution  sur des épaves de supertankers naufragés. La troisième escadrille dotée de SA 321 G fut la 33 F de Saint-Mandrier.

Il reste de nos jours (à la date du 1er janvier 2002) en service actif sept Super-Frelon de la flottille 32 F basés respectivement à Hyères pour la Méditerranée (1 appareil détaché) et à Lanvéoc-Poulmic, dans le Finistère (6 appareils). Ces hélicoptères discrètement camouflés en deux tons de gris se répartissent les missions de sauvetage en mer  et les interventions "C-SAR" avec dépose de commandos. La surveillance ASM est depuis 1980 faite par des hélicoptères Lynx spécialement équipés pour cela. Les derniers Super-Frelon seront progressivement remplacés en 2005 par des NH-90 NFH de moyen tonnage, et des AS-532 U2-Mk2  chargés des missions "Resco".

Convoyage civil

Un SA 321 J, version travail aérien, destiné à un client australien a été convoyé en vol jusqu'en Nouvelle-Guinée. Parti de Marignane le 24 mars 1970, il devait effectuer 18842 km en 18 jours de vol effectif. A son bord, se trouvait Pierre Maulandi, pilote, et André Lachaud, mécanicien navigant accompagnés de deux pilotes de la société cliente. Ce fut le plus long voyage accompli par un hélicoptère lourd à la moyenne de 203 km/h. Pour effectuer ce voyage l'appareil avait été équipé de trois réservoirs supplémentaires, augmentant ainsi son autonomie à cinq heures. L'équipage était relié en permanence par radio au service "opérations" des essais en vol, et ce jusqu'à Singapour. Ce convoyage a été soumis à des conditions météo parfois difficiles à une altitude moyenne de 6500 pieds  (1980 m). Sa plus grande distance franchie sans escale en une journée fut de 1185 km (de Sharjah à Karachi).

Le Super-Frelon fit 29 escales avant d'atterrir à Lae, en Nouvelle-Guinée, sa destination finale. Aucune panne ni déficience importantes n'ont été rencontrées durant ce long périple malgré les nombreux posés et décollages sous un climat chaud et humide peu propice au bon fonctionnement des turbines.

La réussite de cette mission a prouvé que le Super-Frelon est le plus sûr des hélicoptères amphibies et rend ainsi hommage à ses concepteurs par son haut degré de technicité, et sa robustesse en toutes conditions de vol.

Sur 99 Super-Frelon construits, la France en posséda 27, les 72 autres ont été exportés à différents clients répartis dans plusieurs pays internationaux, répartis comme suit : Australie (1), Norvège (1), Hollande (3), Afrique du Sud (17), Zaïre (1), Israël (12), Libye (9), Irak (14), et la Chine qui en produisit 13 sous licence, sous la dénomination Z-8. Détail insolite pour clore l'épopée du Super-Frelon, mais  information à mettre au conditionnel, aucun document connu n'en attestant la véracité : les Chinois auraient utilisé un Z-8 pour tirer des péniches chargées de matériaux sur le Yang-Tsé-Kiang !

Le 15 juillet 1968, le SA 321 F 01 entre en service commercial pour une période probatoire. Le premier équipage désigné pour cette mission se composait de MM. Charles-Henry de Pirey, et Émile Favarou, mécanicien navigant, ainsi qu'un pilote grec d'Olympic Airways en formation sur l'appareil. En dépit du prix de revient élevé au "siège-kilomètre", le gros hélicoptère ne désemplit pas durant son évaluation. Cela fonctionnait assez bien, puisque l'opération fut renouvelée en 1969 avec d'autres membres d'équipage dont Monsieur Pierre Maulandi (pilote d'essai du Durandal et du Baroudeur, entre autres…) aux commandes de l'appareil accompagné de MM. Bauchart,  Henry, Faragou et toujours Turchini. La fréquence régulière des vols quotidiens permit au SA 321 F de transporter en 3 mois 8581 passagers et 35 tonnes de fret varié pour une moyenne de 5 h de vol journalier de 40 mn chacun. Malgré la température extérieure qui atteignait parfois 40°, les trois turbines ne subirent aucune panne majeure, mais il fallait faire l'entretien de maintenance la nuit dans un hangar équipé pour, à cause de la chaleur et évitant ainsi l'immobilisation de la machine dans la journée.

La continuité de l'exploitation civile du Super-Frelon à terre dut tout de même cesser pour des problèmes financiers d'entretien et de gestion n'ayant pu être résolus par le simple tarif  des billets de passage. Quand on connaît le prix de revient d'exploitation d'un petit hélicoptère à turbine, on imagine aisément le prix de l'heure de vol de notre SA 321 F !  L'appareil aurait fini par voler à perte, d'où abandon total de la formule civile pour le Super-Frelon  malgré l'obtention par le SGAC (Secrétariat Général de l'Aviation Civile)
de son certificat de navigabilité de type. Des essais "grand froid" eurent lieu en Norvège en janvier 1968 en prévision du transport d'officiels lors des jeux olympiques à Grenoble, en juin de cette année. D'autres ultimes essais par temps chaud se déroulèrent aussi en Espagne. En 1970, le SA 321 F 01 fut utilisé par le GLAM (Groupe de Liaisons Aériennes Ministérielles) de Villacoublay  pour véhiculer diverses personnalités du gouvernement de la République française. De retour à Marignane, chez le constructeur, il reçut une livrée bicolore orange et blanche et changea encore de lettres d'identification pour la dernière fois.

Il acheva sa carrière sous la dénomination SA 321 F 01  F-BTRP. Il est actuellement à l'Helicopter Museum de Weston Super-Mare (Royaume-Uni), repeint aux couleurs d'Olympic Airways.

Récupération

Au mois de mars 1968 survint un accident sur le massif du Mont-Blanc. Un hélicoptère Sikorsky H-34 de l'escadron II/68 Maurienne de l'Armée de l'Air s'était écrasé à proximité du glacier d'Argentières. Heureusement l'équipage fut indemne mais il fallait récupérer la carcasse de l'appareil qui était amputé de sa partie arrière. La seule solution rapide et économique était alors d'utiliser un Super-Frelon qui pouvait soulever un tel poids. Les responsables militaires contactèrent les essais en vol de Sud-Aviation et leur directeur Jean Boulet, vint lui-même effectuer une reconnaissance sur place. L'accord d'enlèvement et les autorisations nécessaires furent donnés par les autorités. Le SE  3210-05 piloté par Jean Boulet et Daniel Bauchart décolla de Marignane pour aller se poser sur la base aérienne de Chambéry, où l'attendaient les équipages de l'Armée de l'Air. Un autre H-34
accompagné d'une Alouette III étaient déjà en place. Bauchart  décolla avec l'Alouette pour une nouvelle reconnaissance avant de donner le feu vert au Super-Frelon qui attendait rotors tournants. Les 2,6 tonnes de l'épave du H-34 furent arrachées à la neige par Jean Boulet et déposées sur la DZ de Chamonix pendant que l'Alouette ramenait hommes et matériels restés sur place. Les pleins faits, le gros Super-Frelon rejoignit Marignane en début d'après-midi. La mission fut réussie en un temps record et un maximum d'efficacité prouvant une fois de plus que la bonne réputation de cet appareil tri-turbine était bien justifiée.


Emploi marine

Des tests d'endurance draconiens furent effectués sur le Super-Frelon n° 22 au Centre d 'expérimentation de l'aéronavale à la base de Fréjus Saint-Raphaël en octobre 1968. Il s'agissait, en 1000 h de vol, de couvrir l'ensemble des conditions réelles d'utilisation par tous les temps. L'appareil séjourna dix mois sur place durant lesquels il fut successivement pris en main par les différents équipages et ateliers mécaniques du centre.

Il servit aussi pour la formation des équipages pour le sauvetage en mer en conditions météo parfois difficiles (stationnaires et amerrissages par gros temps). Le SA 321 G fut reconnu apte au service à la mer.

Il fut d'ailleurs, trente quatre plus tard, toujours le fer de lance de la Marine Nationale. De nombreux marins-pêcheurs et plaisanciers lui doivent d'avoir eu la vie sauve. 

©
Aérostories, 2002.

> caractéristiques

SNCASE SE 3210 Super - Frelon

> 1    Genèse et développement
> 2    Versions et utilisation
> 3    Caractéristiques (tableaux)

SA 321 F 01 F-WWHC le jour de sa première sortie pour son vol initial.
Archives J. Boulet Collection D. Liron  Clic

SA 321 F "Hermès" F-OCMF aux couleurs de la compagnie aérienne grecque Olympic Airways.
Sud-Aviation   Collection D. Liron  Clic

SA 321 G équipé d'un missile Aerospatiale.
Photo ECPA  Clic

SA 321 G n°144 en visite à Marignane le 8 septembre 2002 pour les dix ans d'Eurocopter
Photo  D. Liron     Clic

SA 321 K destiné à l'armée de l'Air israëlienne replié sur la base aérienne d'Istres en 1968 durant l'embargo de matériel militaire.
Photo  D. Liron  Clic

SA 321 JA n° 166 destiné à l'armée chinoise. Photo  Aerospatiale Coll. D. Liron  Clic

SA 321 F en expérimentation au GLAM aux couleurs de la République Française.
Photo X Collection D. Liron  Clic

Plan 3 vues du Super-Frelon 01 en configuration record.
Collection D. Liron  Clic

Une rare photo couleur du SA 3210-01 survolé par la gamme des hélicoptères de Sud-Aviation.
Photo J. Havard  Coll. D. Liron  Clic

SA 321 GV Irakiens bloqués à cause de l'embargo et restés sur place, vus à Marignane le 8 septembre 2002.

Photo  D. Liron     Clic