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Indochine 39/45

L'incident de Lang-Son

par  C-J. Ehrengardt

édition pdf

236 ko - 4 pages

En raison de la forte tension qui règne sur la frontière avec la Chine, la présence de l'aviation est renforcée au Tonkin. Le 21 septembre 1940, l'EO 1/595 du capitaine Mayaud est mise à la disposition du commandant du secteur Tonkin et le terrain de Lang Son est approvisionné en bombes de 10 kg en vue de leur utilisation offensive par les Potez 25. Trois Loire 130 de l'escadrille 1/CBS sous les ordres du lieutenant Bergès amerrissent à Vatchay, en baie d'Along (Tonkin). L'EO 1/595 est transférée à Tong et la section de la Marine sur le Grand Lac d'Hanoi. Un Farman 221 de l'EB 2/41, parti de Tong, survole le golfe du Tonkin avant de se poser à Tourane. Le lendemain, il repart en sens inverse et découvre deux bâtiments légers japonais à une centaine de kilomètres au large de Do Son. Toutefois, dès 9h50, les escadrilles reçoivent l'ordre de ne pas bombarder d'objectifs japonais. Cette mesure est prise par l'état-major dans le souci de ne pas envenimer la situation et d'éviter des représailles auxquelles la maigre aviation française serait bien incapable de s'opposer.

Le 22 septembre 1940, les troupes japonaises qui stationnent dans la province de Canton, franchissent la frontière en direction du poste avancé de Dong Dang et de la ville de Lang Son, qui commande la route d'Hanoi. Elles sont appuyées par les chasseurs Nakajima Ki.27 ("Nate") de la 84 Dokuritsu Hikô Chutai du commandant Tsunao Nagano et les bombardiers Kawasaki Ki.48 ("Lily") de la 82 Dokuritsu Hikô Chutai, basés à Nanning. Dans la matinée, la 1/595 détache deux Potez 25 à Lang Son, rejoints le lendemain par deux autres, dont celui du commandant d'escadrille, et un Potez 29 à bord duquel ont pris place quelques mécaniciens.

Dès la matinée du 23 septembre, ces appareils effectuent quatre sorties de reconnaissance au-dessus des lignes ennemies et une de réglage d'artillerie. À 10h10, cinq bombardiers légers japonais (Ki.48) bombardent le terrain de Lang Son où ils y détruisent un Potez 25 et endommagent un second. Les deux autres sont rapidement repliés sur Tong pour leur éviter un sort identique. Bien leur en prend, Lang Son étant l'objet de cinq nouveaux raids dans la journée.

Le 24 septembre à 6 heures, un nouvel appareil fait son apparition sur le secteur : le Potez 631C mis à la disposition du 42ème Groupe aérien autonome et piloté par le capitaine Minard. Il effectue une reconnaissance sur l'axe Loc Dinh-Chi Ma. Entre midi et 14 heures, un Potez 25 survole l'axe Lan Giai - Lang Son, escorté par trois Morane de l'EC 2/595 sous les ordres de l'adjudant-chef Tivollier. Ceux-ci sont attaqués par trois Ki.27, mais malgré la revendication d'une victoire par le sergent Mitsuro Kobayashi, le combat ne donne aucun résultat. Entre 16 et 17 heures, le Potez 631C effectue une nouvelle sortie, repérant une colonne motorisée japonaise sur la route Dong Dang - Diem He. Un Loire 130 patrouille sur le parallèle de Haïphong, mais sans rien apercevoir.

Le 25 septembre, le combats au sol se durcissent. Sur les quatre sorties menées par les Potez 25, deux vont s'achever de manière tragique.

Après une première reconnaissance sur That Khe et une seconde sur l'axe Lang Son - Loc Binh, un troisième Potez décolle sous l'escorte de trois Morane pour surveiller la route entre Nho Lam et Pho Vi. Victime d'un pas d'hélice récalcitrant, le sergent Labussière doit faire demi-tour, laissant l'adjudant-chef Tivollier et le sous-lieutenant Tchakalian poursuivre la mission de protection. Sur le chemin, ceux-ci aperçoivent un Potez 25 attaqué par trois chasseurs japonais. Il s'agit du n° 1607 de la 1/595 qui a décollé de Bach Maï pour prévenir un convoi de camions de faire demi-tour. L'appareil est piloté par le capitaine Mayaud, commandant l'escadrille, et le commandant Schertzer, commandant le Groupe aérien mixte 595, a pris la place du mitrailleur, introuvable au moment du départ. Tivollier pique pleins gaz sur les assaillants, mais il est déjà trop tard. Schertzer ouvre le feu sur les avions japonais, mais il est touché d'une balle au foie. Mayaud se faufile entre les collines près de Dong Mo. Moteur crachant l'huile, criblé de balles, le Potez s'effondre dans un fossé où il est à nouveau la cible des chasseurs japonais. Mayaud est grièvement blessé par deux balles et Schertzer décède quelques instants après l'atterrissage forcé.

Les Ki.27 sont en fait au nombre de deux seulement et la victoire, contre un " biplan non identifié ", est accordée au sergent-chef Jiro Leri de la 84 Dokuritsu Hikô Chutai. Les deux chasseurs veulent ensuite s'en prendre au second Potez 25, mais les deux Morane parviennent à les en dissuader. L'appareil de Tivollier est sérieusement " seringué " et rentre au terrain tant bien que mal, train et radiateur sortis.

Le Potez 631C est à son tour attaqué par deux chasseurs japonais, mais sa vitesse et son agilité lui permettent de se sortir de leurs griffes.
Avec la chute de Lang Son, le conflit cesse le 26 septembre. Une seule mission est entreprise ce jour-là par l'aviation française : une reconnaissance du secteur Na Man - Phieng Nom par le Potez 631C. En tout, elle aura accompli 22 sorties de guerre : 12 par les Potez 25, 7 par les Morane 406, 2 par les Loire 130 et 1 par un Farman 221 - celles du Potez 631C ne sont pas consignées. L'ennemi a été engagé à cinq reprises, un Potez 25 a été détruit, un endommagé en combat aérien (mais réparé, le n° 1607) et un endommagé et abandonné sur place; un Morane 406 a aussi été endommagé.
Évidemment, les exigences japonaises sont lourdes. Désormais, l'amiral Decoux n'a plus guère le choix que de les accepter. Il doit livrer le port de Haïphong et les territoires de la région de Lang Son. Par ailleurs, les Japonais se voient accorder la libre disposition des aérodromes de Gia Lam, Phu Tho et Phu Lang Thuong, ainsi que le libre survol d'une zone délimitée par le parallèle de Yen Bay, le fleuve Rouge et le Song Thai Binh jusqu'à la mer.

Le 26 septembre, l'adjudant-chef Tivollier et le sergent Labussière patrouillent le secteur de Ha-Gi quand ils repèrent un bimoteur qui survole la zone française vers 1000 mètres d'altitude. William Labussière, pilote de chasse confirmé qui s'est battu en Espagne et en Chine, rapporte la suite :
J'ai alors fait signe en battant des plans à Tivollier qui n'a pas compris mon signal, mais qui m'a indiqué par gestes qu'il fallait faire demi-tour. Je n'étais pas de cet avis. J'ai donc piqué à la poursuite de l'avion que j'ai tout de suite identifié comme étant japonais. Arrivant par le dessus, j'ai tiré une courte rafale de semonce devant le nez de l'avion. Aussitôt, le mitrailleur arrière a répondu et m'a encadré de ses balles. J'ai dégagé brutalement, puis je suis revenu. Cette fois, j'ai ouvert le feu pour de bon et je l'ai touché au moteur gauche qui a pris feu. Le pilote a manœuvré avec habileté pour se cacher dans un nuage de brume et je l'ai perdu de vue. N'ayant plus assez d'essence pour le chercher, je suis rentré au terrain.
" Le capitaine Gangloff était ravi de cette bonne nouvelle. Nous avions ordre de ne pas ouvrir le feu sauf en cas de légitime défense. Il était évident que j'avais agi en légitime défense, m'a-t-il suggéré en souriant. Mais, je ne savais pas ce qu'il était advenu de mon éventuelle victime. Je n'allais pas tarder à être fixé sur son sort. Deux jours après cet incident, un camion de l'armée est venu à Bach Maï pour décharger une collection hétéroclite de pièces métalliques et d'armes. J'ai demandé au sergent qui commandait le détachement d'où provenait son chargement. Il m'a répondu que c'était secret et qu'il ne pouvait rien dire. Mais, par indiscrétion, j'ai appris qu'il s'agissait des débris d'un bombardier japonais - "mon" bombardier !
" J'ai donc demandé au capitaine la permission de consigner la victoire dans mon carnet de vol et lui-même a rédigé une note à l'attention de l'état-major. Et c'est là que les ennuis sont arrivés. Quelques jours plus tard, un officier de l'état-major est venu à Bach Maï et nous a convoqués tous les deux, le capitaine et moi. On s'est ramassés un sacré savon et mon carnet de vol a été confisqué. Quand il m'a été rendu, ma sortie du 26 avait été biffée à l'encre rouge. Officiellement, ce jour-là, il ne s'était rien passé ! Mais, le secrétaire de l'escadrille, que l'officier de l'état-major avait chargé de la basse besogne, avait volontairement laissé la mention relative à ma victoire parfaitement lisible. "

©
Aérostories, 2002

Des Potez 25A2 de l'EO 1/595 à Bach Maï en septembre 1939. Au premier plan, le n°1485 et derrière, le n° 1436. Ces appareils, des A2, ont été financés par le ministère des Colonies et portent leur numéro constructeur. Sels les Potez 25TOE, achetés par l'armée de l'Air, portent un numéro de série et un matricule militaire sous les plans.

Collection J. Mutin    Clic     © Aéro-Éditions

Potez 25A2 n° 1482
Escadrille d'observation 1/41
Bach Maï, 1942
Clic
Copyright P-A. Tilley
Avec l'aimable autorisation de Aéro-Editions

Si les MS.406 "chinois" ont aidé à former l'EC 2/596, dont on voit un alignement Dong Hene peu après sa formation, il est assuré que les appareils ont été répartis entre les deux escadrilles, comme semblent le prouver, d'une part l'étude des numéros de série, d'autre part le fait que certains avions de la 2/596 (dont le n°306 au premier plan) sont armés d'un canon. Dong Hene se trouve à 35 km à l'est de Savannakhet.

Photo A. Châtel      Clic     © Aéro-Éditions

Vought V.93S Corsair
Unité inconnue
Appareil capturé le 2 décembre 1940
Clic
Copyright P-A. Tilley
Avec l'aimable autorisation de Aéro-Editions

Le Potez 633 (sans numéro, peut-être le prototype n° 01) est accidenté à Bach Maï le 19 novembre 1940 par le lieutenant-colonel Pélisse, commandant le groupement aérien mixte 42. À remarquer, l'absence du casier à bombes dans l'habitacle qui limitait l'utilisation de cet appareil à la reconnaissance à vue. On remarque au second plan les Morane 406 de l'EC 2/595.

Collection J. Mutin       Clic     © Aéro-Éditions

Cet article est extrait du dossier "Indochine 39-45", figurant dans Aéro-Journal N° 29 de février-mars 2003.