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Dieppe 19 août 1942

Les opérations aériennes dans l'opération Jubilee.

Neutralisation des défenses allemandes

La première opération s'effectue quelques minutes seulement avant le débarquement des troupes alliées. Les objectifs principaux, au nombre de sept, ont été affublés du nom de dignitaires allemands (Goebbels, Hindenburg, Bismarck etc.) Il s'agit en fait de pôles regroupant quatre à six pièces de campagnes, batteries côtières ou pièces de Flak lourde de 88 mm placées dans des cuvelage en béton, à ciel ouvert.

Les Alliés ne lancent contre leurs objectifs que des
squadrons de chasseurs bombardiers Hurribomber IIb et C, et quelques Boston. Par choix politique et stratégique, aucun bombardier lourd n'est engagé directement contre la ville elle-même (seul, l'aérodrome d'Abbeville fera l'objet d'un "traitement" spécial correspondant à la deuxième sortie des B-17 américains en Europe).

La puissance et la diversité des défenses antiaériennes allemandes ont été nettement sous-estimées. En dehors des postes principaux, les Allemands ont truffé la ville et ses abords de mitrailleuses et de pièces de 20 mm à tir rapide.

Les premiers avions anglais partis de nuit vers 4 h 40 (anglaise) se heurtent à une véritable muraille de fer. L'effet de surprise est nul depuis que le convoi maritime britannique a rencontré quelques bâtiments allemands imprévus sur sa route…

" Les
Yellow, on ne les a jamais vus. L'objectif… introuvable. Pour faire bonne mesure, on s'est retrouvé avec quatre Fw 190 juste sur nos têtes, 800 pieds plus haut peut-être (…) Alors on a viré vers la mer, suivi la côte et largué nos bombes sur une position d'artillerie à environ 10 miles au nord-est de Dieppe. Mais les salauds ! Ils nous attendaient au virage. Je n'ai jamais vu une telle densité de Flak ! C'était à croire qu'on pouvait marcher sur les éclats ! " (Témoignage de B.D. Murchie, pilote du 175 Squadron, au debriefing de la première mission. Cité par D.L. Stevenson in  "Et cinq de chute !")

Dans la pénombre, les pilotes peinent à reconnaître leur objectif et après le délestage de leur bombes, ils arrosent un peu au hasard les positions secondaires qu'ils peuvent repérer. Chez les pilotes de Hurricane, c'est l'hécatombe. Le
Squadron Leader français Émile François Fayolle, fait partie des premiers disparus. Il venait d'accepter le commandement du 174 Hurribomber Squadron, refusé peu de temps auparavant par René Mouchotte. Bien qu'étant "chasseur" dans l'âme et ayant été formé sur Spitfire, il avait accepté courageusement et en pleine conscience ce poste à haut risque.

Jusqu'au rembarquement, les pilotes des Boston et des Hurricane vont se relayer pour tenter de remplir leur mission. Avec l'apparition du jour, leur tâche est considérablement compliquée par l'apparition des chasseurs allemands des JG 2 et JG 26. Le ciel devient noir d'avions et les risques de collision se multiplient :

"Vers 12 h 00, 12 h 30, je décolle pour ma deuxième mission : bombardement et mitraillage d'une station côtière au nord de Dieppe. Toujours autant d'avions qui tournoient dans tous les sens, les éclatements de la D.C.A. lourde qui tire dans le tas, la mer couverte de bateaux et de chalands, quelques-uns en feu ; les plages grouillent de blessés et de cadavres, de tanks qui brûlent. Une épaisse fumée obscurcit une partie du ciel au-dessus de notre objectif, nous devons passer dessous pour le voir, et c'est alors que, sortant de ce nuage, un Focke-Wulf me percute et arrache une partie de mon empennage arrière ; j'ai le temps de le voir passer devant moi. L'instinct me fait appuyer sur la détente mais je crois que cela est inutile, il en a déjà pris un coup. Complètement déséquilibré, mon "U" se cabre et je perds le contrôle. Comment puis-je si rapidement mettre les bombes en sécurité, larguer la verrière, déboucler le harnais, sortir de l'avion et sans compter les six secondes réglementaires, tirer sur la poignée du parachute ? Je n'en sais rien. En tout cas, il est temps car, à peine le parachute est-il ouvert que je heurte brutalement le sol. Cheville et pied droit fracturés, je défais le harnais de mon parachute et me débarrasse de ma "
mae west" (Témoignage du pilote français du 174 Hurribomber Squadron, Raymond van Wymeersch, in Icare n° 138)

Le 174 perd encore deux autres appareils. Avec les pertes du matin, c'est le
Squadron le plus durement touché de l'opération Jubilee : cinq avions abattus, trois pilotes tués, deux prisonniers.

© Aérostories, 2002. Tous droits réservés.

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par Philippe Chéron

Dieppe, 19 aôut 1942
Les opérations aériennes dans l'opération Jubilee

> 1    Neutralisation des défenses allemandes
> 2    Couverture aérienne

Hurricane IIb du P.O. Derek Leyland Stevenson, 175 Hurribomber Squadron, stationné à Warmwell le 19 août 1942.
Appareil abattu à Dieppe, pilote parachuté et repêché.
Illustration Hubert Cance

Ce profil a fait l'objet d'un tirage numérique haute résolution sur papier couché mat 170 g., format 41 x 29 cm.  Clic

P.O. Derek Leyland Stevenson, 175 Hurribomber Squadron eut plus de chance que beaucoup de ses collègues. Il survécut à son parachutage et à sa baignade forcée. Derek mordit cinq fois la poussière pendant la guerre, sans jamais descendre personne. Il faut lire son livre : Et cinq de chute ! monument d'humour britannique…
Collection Stevenson   Clic

Émile François Fayolle, Squadron Leader du 174 Hurribomber Squadron fut l'une des premières victimes des attaques menées à l'aube par les Hurricane contre les objectifs terrestres. Nouvellement nommé, il fut tué à sa première sortie, à la tête de ce groupe. Une rue de Dieppe porte son nom.
Collection particulière.      Clic

Raymond van Wymeersch en 1942. Le Français, pilote au 174 Hurribomber Squadron fut abattu et fait prisonnier le 19 août.
Collection particulière     Clic