édition pdf

273 ko - 7  pages

[accueil]  [archives]  [sommaire précédent]  [forums]  [modelstories]  [aérobibliothèque]  [fichiers pdf]

Naissance du Normandie - Niémen

1 : Création du GC 3

Quand l'Allemagne envahit l'URSS, le 22 juin 1941, parmi les fonctionnaires français rappelés à Vichy, le colonel Luguet, attaché de l'Air, choisit de gagner Londres. Il remet au général Valin, commandant les forces aériennes françaises libres (FAFL), un volumineux dossier sur le potentiel industriel et militaire soviétique. Son rapport conclut à une série de succès foudroyants pour l'Allemagne, suivie par une guerre d'usure qui ne peut que tourner à l'avantage des Soviétiques. Cette analyse n'est pas partagée par tout le monde et, notamment, par les Britanniques qui croient peu en la capacité de résistance de l'URSS sur le long terme.

Force est de reconnaître que malgré un déficit évident de moyens, le chef de la France libre ne manque alors ni d'ambition ni de clairvoyance. Soucieux de soigner sa légitimité et pensant déjà au rang qu'il estime que la France doit tenir après la cessation des hostilités, De Gaulle décide de profiter du vide politique provoqué par le retrait de l'ambassade de Vichy à Moscou. L'envoi d'une division sur le front russe se heurte à trop d'obstacles matériels pour être une idée réaliste, mais De Gaulle ne reste pas insensible à la suggestion de Valin d'envoyer une unité aérienne qui serait équipée par les Soviétiques. Pour des raisons pratiques, le choix se porte sur un groupe de chasse qui prend la dénomination de GC 3.

Le 19 février 1942, le colonel Luguet et le colonel Mirlès, du 2ème bureau Air, prennent contact avec la mission militaire soviétique à Londres à laquelle ils remettent une note écrite à l'attention de l'ambassadeur Bogomolov. Un mois plus tard, la mission militaire soviétique informe les Français que non seulement le projet est très sérieusement étudié par Moscou mais que les autorités supérieures ont donné un accord de principe.
Fort de ce succès, De Gaulle envoie une mission diplomatique, avec à sa tête l'ambassadeur Garreau qui s'installe à Koubitchev, et une mission militaire, commandée par le général Petit, qui prend ses quartiers à Moscou.
Mais à partir de là, les choses prennent une tournure un peu plus compliquée.

Des problèmes mais aussi des solutions

Le 22 avril 1942, une première liste de pilotes [1] est remise à Sir Archibald Sinclair, ministre de l'Air britannique. Parmi ceux-ci figure le capitaine Tulasne, comme commandant d'unité, mais aussi le capitaine de corvette Jubelin. Toutefois, ce dernier renonce à se porter volontaire et il est remplacé par le commandant Pouliquen. La plupart des pilotes se battent au sein d'unités de la RAF et aucun n'appartient au N° 340  Squadron Île-de-France. Plutôt favorables au projet français au départ, les Britanniques manifestent alors une franche hostilité. Sir Sinclair fait savoir qu'il est hors de question de laisser partir sur le front russe des pilotes dont la RAF a payé l'entraînement et dont elle a le plus pressant besoin. La bagarre entre les autorités françaises libres et britanniques est loin d'être terminée.
Au sein des FAFL cette liste est également loin de faire l'unanimité. Le lieutenant-colonel Astier de Villatte, commandant les FAFL en Syrie, écrit au général Valin en date du 3 avril : " Je crains que Tulasne avec son inexpérience de la guerre moderne, sa fougue et ses maladresses au point de vue commandement, ne conduise le GC 3 soit à un échec soit plutôt à une gloire trop onéreuse en vies humaines. " Il suggère de le remplacer par Demozay qui, selon lui, " passe pour avoir de l'autorité, de la pondération et […] à coup sûr l'expérience et le prestige qui manquent à Tulasne. " Valin note en marge de la lettre " j'en prends bonne note et je verrai sur place en Syrie " et décide finalement de confier le commandement du GC 3 à Pouliquen.

La situation se corse un peu plus avec la mort accidentelle des deux chefs de la mission militaire soviétique à Londres. Le trait d'union qui relie l'état-major des FAFL à Moscou et Koubitchev disparaît brutalement. Or, les deux missions françaises en URSS poursuivent leurs négociations, chacune de son côté d'une manière indépendante. Cette situation débouche sur un certain nombre de malentendus, que la méconnaissance de la langue russe transforme parfois en décisions contradictoires. Tout ceci laisse une curieuse impression aux Soviétiques peu habitués à cet exercice de style.

Pire encore, profitant de l'absence momentanée de son chef, l'adjoint du général Valin, le lieutenant-colonel Coustey, sans doute abusé par cet imbroglio, remet une note au général De Gaulle concluant à l'impossibilité de faire aboutir le projet. L'intervention opportune de Mirlès auprès de De Gaulle va sauver la situation. Car, s'il existe des problèmes, il existe aussi des solutions. Fin juin, les autorités soviétiques transmettent leurs contre-propositions que De Gaulle accepte le 10 juillet. Début septembre, Mirlès, dépêché à Moscou pour épauler le général Petit, lève les dernières hypothèques au terme d'une entrevue qui servira de base à l'accord définitif.
Les Soviétiques avaient envisagé d'intégrer les pilotes français à leurs propres unités organiques. Toutefois, pour des raisons à la fois linguistiques et idéologiques, les Français obtiennent qu'ils forment une unité autonome engagée sous commandement soviétique. Les derniers détails, relatifs au matériel, l'uniforme, la carte d'identité, la discipline, l'entraînement et les arrangements financiers, finissent par être réglés. Pour se conformer aux us et coutumes soviétiques qui veulent que les pilotes soient tous officiers, les sous-officiers sont tous temporairement élevés au grade d'aspirant.

©
2002 Aérostories - Aéro Éditions

suite <

par Christian-Jacques Ehrengardt

Naissance du Normandie - Niemen

> 1    Création du GC 3
> 2    Le GC 3 devient "Normandie"

Le Morane 406 n° 830, abandonné par le GC I/7 après la campagne de Syrie, servira à l'entraînement des pilotes de l'Alsace puis du GC 3 Normandie sur la base de Rayack.
Archives Aéro-Journal

Autre avion abandonné par l'armée de l'Air de Vichy et qui sera récupéré par le GC 3, le Dewoitine D.520 n° 397 sera piloté par le commandant Tulasne à plusieurs reprises à Rayack en octobre 1942.
De gauche à droite : lieutenant Préziosi, lieutenant Michel (mécanicien), lieutenant Littolff et un pilote non identifié.
Photo famille Tulasne

Yakovlev Yak-7
Escadrille Normandie
Ivanovo, décembre 1942
Clic
Copyright P-A. Tilley
Avec l'aimable autorisation d'Aéro-Editions

Notes :

1
: Cette histoire de liste initiale datée du 22 avril 1942 est loin d'être claire. Selon les sources consultées, la liste va de trente à quarante-deux noms, y compris les pilotes de l'Alsace alors au Levant. [retour]