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La V2 n'est
pas, loin s'en faut, un projet qui prit la suite des V1. En
fait, ce fut même un concurrent de la V1, projet du RLM (Reichsluftfahrtministerium
: ministère de l'air),
qui voyait d'un assez mauvais œil des projets aériens lui
échapper.
Pour les chercheurs de la VfR (Verein
für Raumschiftfahrt), la
création du centre de Peenemünde pouvait être considérée comme
une aubaine. Sur l'île d'Usedom, ils allaient pouvoir
donner la mesure de leurs capacités. Pendant que les Américains,
absorbés par la mise au point de l'arme atomique et le développement
des armes conventionnelles, négligeaient les travaux de Goddard
sur les fusées, le IIIème Reich établissait un programme
accéléré de recherche à Peenemünde, comparable à celui du Manhattan
Project. On fut vite
loin des petites fusées Mirak de la Raketenflugplatz de Berlin.
D'engins pesant à peine 60 kg et mesurant au plus 1m, l'équipe
de Von Braun s'attaqua à bien plus ambitieux: des machines
de 14 tonnes!
La fusée A4, plus connue sous le nom de V2, était le fruit d'une
dizaine d'années de recherches. Sa sœur aînée, la Aggregat
3 (A3) avait été un échec, explosant au sol à chaque essai. Pourtant,
cette base de Peenemünde verra le 3 septembre 1942 un prototype
de la A4 élever ses 14 tonnes à 87 000 mètres d'altitude.
La A4 devint la V2 (Vergeltungswaffe
2). On passa très vite à
une production en série de ces engins qui, nantis d'une ogive
contenant 910 kg d'amatol (un explosif résistant aux hautes
températures), avaient une portée de 300 km.
Le 8 septembre 1944, une formidable explosion retentissait en
Angleterre, à Chiswick, suivie seize secondes plus tard d'une
autre à Epping. Le gouvernement anglais tenta d'étouffer l'affaire
en attribuant ces explosions à des fuites de gaz, mais la population
comprit vite que l'Allemagne les frappait avec une nouvelle
arme. La V2 posait un problème bien plus difficile à résoudre
que la V1: impossible d'intercepter un projectile qui tombe
du ciel à la verticale et à la vitesse du son!
En fait, les services secrets britanniques connaissaient la machine:
en juin 1944, une A4 non armée était tombée sur le territoire
suédois et des spécialistes britanniques s'étaient secrètement
rendus sur place pour étudier les débris de l'engin.
La seule parade possible était de s'attaquer aux unités de
production et aux rampes de lancement. En août 1943, un raid de
bombardement allié avait détruit Peenemünde et les allemands avaient
installé leurs unités de production dans des usines souterraines
de sinistre réputation.
L'un des principaux problèmes posés par ces V2 est qu'au
lieu des massives installations fixes de 48 m qu'utilisaient
les V1, des installations mobiles bien plus discrètes leur suffisaient.
Les repérer et les détruire était singulièrement difficile. Un
autre danger planait, sur les américains cette fois: les allemands
prévoyaient l'élaboration de systèmes destinés à atteindre
les Etats-Unis. Des silos sous-marins auraient été amenés à proximité
de la côte américaine par nouveaux U-Boote Type XXI. Ce projet
avait commencé à être étudié par Wolfsburg-Volkswagen à la fin
1944.
L'une des conséquences de l'inquiétude suscitée par ces
armes imparables fut que Churchill exerça de fortes pressions
sur Eisenhower pour attaquer la région d'Arnhem, d'où
étaient lancées les V2. Cette opération, "Market Garden",
tourna au désastre.
Sur les 6000 V2 lancées, 4000 furent tirées, essentiellement sur
Londres et Anvers. Fait étonnant, la population anglaise paniquait
moins que lors des attaques de V1, sans doute en raison d'un
certain fatalisme: il n'y avait aucun moyen de détecter ou
d'éviter ces missiles qui frappaient après une apogée à près
de 10 000 m. Toutefois, la V2 souffrait d'une grande imprécision,
sa marge d'erreur s'élevant à plus de 8 km.
Les derniers missiles V2 furent tirés pour essayer de faire sauter
le célèbre pont de Remagen, pris par les alliés le 7 mars 1945.
Lorsque les Alliés s'emparèrent de Mittelbau-Dora, l'usine
souterraine de production d'armes "V" où trouvèrent
la mort tant de déportés, la menace était enfin écartée et ces
machines livrèrent leurs secrets.
Ce n'était pas pour autant la fin de la fusée A4. Elle allait
connaître une nouvelle destinée aux États-Unis. En 1944, Werner
von Braun fut arrêté car soupçonné d'avoir saboté le programme
militaire au profit de l'astronautique. L'année suivante,
il fut "récupéré" par les Américains dans le cadre de
la vaste chasse aux cerveaux et aux technologies qui mettait en
concurrence Washington et Moscou.
Les Américains mirent du même coup la main sur une centaine de
A4. Les Soviétiques ne furent pas en reste: ils bénéficièrent
de l'usine de Peenemünde, de celle de Mittelbau et du personnel
de l'entreprise.
C'est avec la A4 que démarra le programme spatial américain.
Environ 70 "V2" furent lancées depuis la base de White
Sands (Nouveau - Mexique), non seulement pour étudier les prodigieuses
capacités militaires de cet engin, mais aussi pour étudier les
perspectives ce cet appareil dans le cadre des études spatiales.
Les Américains utilisèrent massivement la technique de la A4,
assistés par les techniciens allemands installés aux Etats-Unis
dans le cadre de l'opération "Paper Clip", dont
Werner von Braun lui-même. L'arrivée de la fusée A4 venait
à point nommé pour résorber l'important retard des États-Unis
dans ce domaine. Le véritable point de départ de l'astronautique
américaine fut le lancement en 1949 dans la nouvelle base de Cap
Canaveral, d'une fusée "Bumper". Pour la première
fois, un objet de fabrication humaine faisait une incursion dans
l'espace. Le "Bumper "était en fait une fusée-sonde
américaine "WAC Corporal" montée en second étage d'une
A4. L'épopée spatiale américaine pouvait commencer.
La même fusée qui avait causé
la mort de milliers de personnes, tant dans les villes où elle
s'abattit que dans les usines concentrationnaires où elle
fut construite, servira de fondement à l'épopée spatiale américaine.
Faut-il remercier Werner von Braun?
© Aérostories,
1999
[suite]
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