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Les missiles du IIIème Reich (2)

par Philippe Ballarini

Vergeltungswaffe eins: le Fi-103

Vergeltungswaffe: arme de représailles. L'idée n'était pas tout à fait neuve. Dans d'autres pays que l'Allemagne, l'idée d'armes de représailles était apparue, sous la forme d'avions sans pilote. Mais les projets étaient restés lettre morte. On pourra débattre à l'envi sur ce terme de "représailles", mais force est de reconnaître que tout commença par une erreur. À l'époque de l'opération "Seelöwe", Hitler ne voulait pas de bombardement sur Londres. Or, dans la nuit du 24 août 1940, des He 111 dont la mission étaient de bombarder les raffineries de pétrole de Thames Haven s'égarèrent et lâchèrent leurs bombes sur Londres. Churchill envoya aussitôt des appareils bombarder Berlin. Le ton était donné. Ce sera le Blitz, puis les bombardements des villes allemandes, et à nouveau les bombardements de Londres, de représailles en représailles.

Dans les années 20 était né le pulsoréacteur, un moteur à réaction à deux temps dont l'entrée d'air était obturée de façon saccadée par des volets mobiles. La société Argus développa l'idée et Fieseler créa une cellule d'avion fusiforme destinée à recevoir ce moteur. Après des études au centre de Darmstadt, le développement du Fieseler Fi 103 fut transféré au centre secret de Peenemünde en 1942.

Le Fi 103, dénommé très vite V1 (arme de représailles n°1), était une sorte d'avion à réaction sans pilote. Sa mise en œuvre n'était pas des plus simples. Il fallut construire des rampes de lancement spécifiques. D'autre part, les réglages de tir étaient extrêmement complexes.

Une fois lancé, l'appareil suivait une trajectoire prédéterminée. Une petite hélice placée sur le nez de l'appareil mesurait la distance parcourue. Le moteur était coupé à proximité de la cible et la "bombe volante" terminait sa course en vol plané. Cette particularité amenait les londoniens survolés à espérer que le bruit caractéristique du moteur continue, ce qui signifiait que la V1 continuait sa course, entraînant plus loin sa charge explosive. Suivant les versions (moyenne ou longue portée), le Fi 103  emportait une ogive explosive de 454 kg ou de 850 kg.

Il était bien difficile de dissimuler les rampes de lancement de V1, longues de 48 m: des cibles de choix pour les appareils anglais qui en détruisirent un bon nombre. Malgré tout, après le 15 juin 1944, 55 rampes étaient en mesure d'envoyer 150 missiles (dont la moitié n'atteignaient pas leur objectif). Qu'elle fût lancée depuis sa rampe ou depuis un bombardier en vol, comme le He 111, la V1 était extrêmement imprécise. 
Néanmoins, la détection des V1, en raison de leur faible masse, était délicate, si bien que les Britanniques durent  mettre au point des tactiques nouvelles pour s'en protéger. Ils firent appel à des centaines de ballons qui tendaient un câble depuis le sol. Bon nombre de V1 se prirent dans ces pièges ou furent abattues par le barrage de D.C.A. qui fut installé sur la côte même. Ils exploitèrent également  la vitesse relativement peu élevée des Fi 103 en les faisant pourchasser par des appareils plus rapides, le plus souvent des Hawker "Typhoon". Cet appareil, bien piètre intercepteur en altitude, se révélait très efficace dans les attaques à basse altitude.

La RAF perdit de nombreux pilotes dans la course aux V 1. Suivre, rattraper une V1 et l'abattre au canon était très périlleux, l'appareil attaquant étant parfois victime de l'explosion de sa cible. Une autre tactique consista alors pour le pilote à voler côte à côte avec la bombe volante, à glisser l'extrémité d'une aile sous un aileron du Fi 103 et, d'un mouvement rapide, de faire pivoter l'engin meurtrier. Le gyrocompas de la V1 était alors inversé et l'appareil se précipitait vers le sol.

Avec l'apparition des chasseurs à réaction
Gloster Meteor, traquer les V1, y compris celles, plus rapides, de la génération suivantes, devint plus aisé, si bien qu'à la fin du mois d'août 1944, seules 10% des V1 lancées arrivaient jusqu'à leur cible.

Environ 29 000 V1 ont été lancées, non seulement sur Londres, mais aussi sur Bruxelles et Anvers. Les Heinkel He 111 avaient lancé 1200 de ces V1, ce qui fit du Fieseler Fi 103 le premier missile de croisière vraiment efficace.

Une évolution un peu surprenante de la V1 fut le Fi 103 R "Reichenberg", une V1 pilotée et larguée depuis un Heinkel He 111. Théoriquement, ce ne devait pas être un appareil-suicide à la manière des "Ohka" des
kamikaze, puisque le pilote était censé s'éjecter de l'appareil une fois la cible en vue. Dans la pratique, cela aurait posé de sérieux problèmes, puisque la cabine de pilotage était juste devant l'entrée du statoréacteur.

Vers la fin du conflit, les Américains, utilisant des plans allemands et à partir d'éléments de V1 non explosées, mirent en production des JB2, copies fidèles du Fi 103. La production s'arrêta à la défaite du Japon.

©
Aérostories, 1999

[suite]

Un "avion de représailles" français de 1936: le  Bernard 82-B.                        SHAA

Ce Fi-103 sur son chariot de manutention va être installé sur sa rampe.
Bundesarchiv Koblenz.

V1 en vol.               Bundesarchiv Koblenz.

Le son d'une V1 au-dessus de Londres. Clic

Un Heinkel H 111 lâche une V 1. Photographie prise depuis un autre He 111.  DBA

Un pilote de la RAF s'apprête à glisser l'aile de son Spitfire sous celle d'une V1 pour le faire basculer.              IWM

Fi 103 R III "Reichenberg" récupéré par les Alliés. L'idée de constuire une V1 piloté émanait du célèbre SS Hauptsturmführer Otto Skorzeny et de l'aviatrice Hanna Reitsch qui voulait créer un bataillon de pilotes-suicide dans le cadre de l'opération "Selbstopfer". 175 appareils furent construits, mais le "Reichenberg" ne fut jamais rendu opérationnel.
DBA                                                   Clic