|
Vergeltungswaffe:
arme de représailles. L'idée n'était pas tout à fait neuve.
Dans d'autres pays que l'Allemagne, l'idée d'armes
de représailles était apparue, sous la forme d'avions sans
pilote. Mais les projets étaient restés lettre morte. On pourra
débattre à l'envi sur ce terme de "représailles",
mais force est de reconnaître que tout commença par une erreur.
À l'époque de l'opération "Seelöwe", Hitler
ne voulait pas de bombardement sur Londres. Or, dans la nuit du
24 août 1940, des He 111 dont la mission étaient de bombarder
les raffineries de pétrole de Thames Haven s'égarèrent et
lâchèrent leurs bombes sur Londres. Churchill envoya aussitôt
des appareils bombarder Berlin. Le ton était donné. Ce sera le
Blitz, puis les bombardements des villes allemandes, et à nouveau
les bombardements de Londres, de représailles en représailles.
Dans les années 20 était né le pulsoréacteur, un moteur à réaction
à deux temps dont l'entrée d'air était obturée de façon
saccadée par des volets mobiles. La société Argus développa l'idée
et Fieseler créa une cellule d'avion fusiforme destinée à
recevoir ce moteur. Après des études au centre de Darmstadt, le
développement du Fieseler Fi 103 fut transféré au centre secret
de Peenemünde en 1942.
Le Fi 103, dénommé très vite V1 (arme de représailles n°1), était
une sorte d'avion à réaction sans pilote. Sa mise en œuvre
n'était pas des plus simples. Il fallut construire des rampes
de lancement spécifiques. D'autre part, les réglages de tir
étaient extrêmement complexes.
Une fois lancé, l'appareil suivait une trajectoire prédéterminée.
Une petite hélice placée sur le nez de l'appareil mesurait
la distance parcourue. Le moteur était coupé à proximité de la
cible et la "bombe volante" terminait sa course en vol
plané. Cette particularité amenait les londoniens survolés à espérer
que le bruit caractéristique du moteur continue, ce qui signifiait
que la V1 continuait sa course, entraînant plus loin sa charge
explosive. Suivant les versions (moyenne ou longue portée), le
Fi 103 emportait une ogive explosive de 454 kg ou de 850
kg.
Il était bien difficile de dissimuler les rampes de lancement
de V1, longues de 48 m: des cibles de choix pour les appareils
anglais qui en détruisirent un bon nombre. Malgré tout, après
le 15 juin 1944, 55 rampes étaient en mesure d'envoyer 150
missiles (dont la moitié n'atteignaient pas leur objectif).
Qu'elle fût lancée depuis sa rampe ou depuis un bombardier
en vol, comme le He 111, la V1 était extrêmement imprécise.
Néanmoins, la détection des V1, en raison de leur faible masse,
était délicate, si bien que les Britanniques durent mettre
au point des tactiques nouvelles pour s'en protéger. Ils firent
appel à des centaines de ballons qui tendaient un câble depuis
le sol. Bon nombre de V1 se prirent dans ces pièges ou furent
abattues par le barrage de D.C.A. qui fut installé sur la côte
même. Ils exploitèrent également la vitesse relativement
peu élevée des Fi 103 en les faisant pourchasser par des appareils
plus rapides, le plus souvent des Hawker "Typhoon".
Cet appareil, bien piètre intercepteur en altitude, se révélait
très efficace dans les attaques à basse altitude.
La RAF perdit de nombreux pilotes dans la course aux V 1. Suivre,
rattraper une V1 et l'abattre au canon était très périlleux,
l'appareil attaquant étant parfois victime de l'explosion
de sa cible. Une autre tactique consista alors pour le pilote
à voler côte à côte avec la bombe volante, à glisser l'extrémité
d'une aile sous un aileron du Fi 103 et, d'un mouvement
rapide, de faire pivoter l'engin meurtrier. Le gyrocompas
de la V1 était alors inversé et l'appareil se précipitait
vers le sol.
Avec l'apparition des chasseurs à réaction Gloster
Meteor, traquer les
V1, y compris celles, plus rapides, de la génération suivantes,
devint plus aisé, si bien qu'à la fin du mois d'août 1944,
seules 10% des V1 lancées arrivaient jusqu'à leur cible.
Environ 29 000 V1 ont été lancées, non seulement sur Londres,
mais aussi sur Bruxelles et Anvers. Les Heinkel He 111 avaient
lancé 1200 de ces V1, ce qui fit du Fieseler Fi 103 le premier
missile de croisière vraiment efficace.
Une évolution un peu surprenante de la V1 fut le Fi 103 R "Reichenberg",
une V1 pilotée et larguée depuis un Heinkel He 111. Théoriquement,
ce ne devait pas être un appareil-suicide à la manière des "Ohka"
des kamikaze,
puisque le pilote était censé s'éjecter de l'appareil
une fois la cible en vue. Dans la pratique, cela aurait posé de
sérieux problèmes, puisque la cabine de pilotage était juste devant
l'entrée du statoréacteur.
Vers la fin du conflit, les Américains, utilisant des plans allemands
et à partir d'éléments de V1 non explosées, mirent en production
des JB2, copies fidèles du Fi 103. La production s'arrêta
à la défaite du Japon.
© Aérostories,
1999
[suite]
|
|