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Les missiles du IIIème Reich  (1)

par Philippe Ballarini

La fusée, l'arme oubliée.

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les vainqueurs s'étaient entendus pour faire porter le poids de la responsabilité du conflit à l'Allemagne vaincue. Le Traité de Versailles de 1918 , outre les questions territoriales et économiques, abordait celle de l'armement. Aux termes de ce Traité, qui sera régulièrement battu en brèche par les bellicistes germaniques dénonçant le "diktat" de Versailles, il était interdit à l'Allemagne de produire de l'armement, et en particulier de se constituer une aviation militaire.

Il peut être toutefois intéressant de rappeler que cette mesure n'avait pas pour seul but de se protéger contre d'éventuelles velléités guerrières d'une Allemagne pour le moins turbulente. Le monde était sorti choqué de la vaste boucherie que fut la guerre de 14 -18 et aspirait légitimement à la paix et à l'harmonie. Aussi était-il entendu que le désarmement allemand n'était qu'un prélude au
désarmement général qui devait intervenir dès que la sécurité paraîtrait assurée. Cette louable idée, à laquelle il faut bien reconnaître un caractère naïvement utopique, n'eut jamais d'application et on verra comment le traité de Versailles, parmi ses effets pervers, eut celui d'inciter l'Allemagne à développer la technologie des missiles.

En effet, comment en 1918, prévoir un avenir militaire à la technologie balbutiante des fusées? Ce ne sont pas les expériences pourtant intéressantes de Le Prieur qui laissaient présager un développement rapide et un usage massif de la fusée en tant qu'arme offensive.

Pourtant, dans l'entre deux guerres, la technologie des fusées, missiles et roquettes prit un essor important, le plus souvent sous l'impulsion d'amateurs éclairés. Si dans la période antérieure à 1940, nombreux furent les pays où se créèrent des groupes d'amateurs construisant leurs fusées, c'est essentiellement en URSS et en Allemagne que se développa le plus cette technologie. Née en 1927 à Breslau, la VfR (Verein für Raumschiftfahrt = association pour le voyage spatial) qui comptait plus de 500 membres recruta en 1930 un élément qui allait jouer un rôle important
: Werner von Braun. En 1933, les membres de la VfR et leurs archives furent mobilisés par l'armée allemande.

Pendant que les autres pays évaluaient leurs forces en termes d'hommes et de canons, l'Allemagne et, dans une moindre mesure, l'URSS, prenaient peu à peu la mesure des perspectives offertes par ces engins. En 1936, la base ultra secrète de Peenemünde, sur les bords de la Baltique, sortait de terre et Werner von Braun en était nommé directeur technique. L'époque n'était plus au voyage spatial. Il fallait concevoir des missiles militaires.

©
Aérostories, 1999

[suite]

Les roquettes air-air avaient fait leur première apparition pendant la Première guerre Mondiale pendant laquelle la France fut le seul belligérant à en faire usage. Ces fusées Le Prieur montées sur un Nieuport  - Delage étaient destinées à abattre les "saucisses" (ballons captifs  d'observation).  IWM

Werner von Braun (à droite) en compagnie des responsables de Peenemünde.
Bundesarchiv Koblenz.