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VTOL/ADAV:
Les appareils à décollage et atterrissage verticaux

11: Les improbables.

Accrochez-vous au pinceau, au manche où à ce que vous voulez car ici nous entrons dans le domaine de l'étrange : VTOL à propulsion….ionique, char à tourelle détachable et…volante.

Le major Alexis Seversky vous connaissez ? Fondateur de la firme homonyme, devenue ensuite Republic on lui doit de ce fait les P35, P47 etc…dessinés par son directeur technique Kartveli.  En 1964, âgé maintenant de 70 ans,  Seversky, ancien as de la chasse impériale tsariste, sponsor de racers dans les années 30, constructeur d'avions, s'intéresse toujours à l'aviation. Pourtant sa firme s'appelle Electron. Atom. Inc et son chef de projet David Yorish n'est pas un aérodynamicien mais un physicien. Il fait voler un démonstrateur technologique " Ionocraft " qui ne ressemble même pas à un avion, ni même à une soucoupe volante mais plutôt à un sommier à ressorts. " D'un point de vue aérodynamique, il fonctionne comme un hélicoptère mais au lieu de se servir de rotor et de pales il obtient la translation verticale de l'air vers le bas par un moyen électrique : une décharge d'ions…les ions négatifs sont captés par l'armature [et entraînent avec eux des molécules d'air à charge neutre] créant un courrant d'air vers le bas " expliquait Yorish dans " Mécanique Populaire " de Septembre 1964. Le problème alors était d'augmenter le rendement qui était alors de 2ch au kilo soulevé alors que selon le journaliste on obtenait 0,18 ch au kilo soulevé pour un hélicoptère. Mais cela n'empêchait pas Seversky d'énumérer les avantages de sa machine : " aucune limite d'altitude et aucune limite de taille ( au contraire plus il est gros mieux l'Ionocraft vole ) et aucune limite de vitesse [sauf l'aérodynamique de l'engin] quand à la sécurité elle est optimum puisqu'il n'y a pas de pièce mobile  [l'interrupteur ??]  donc pas de risque d'usure ". Naturellement avec de pareils avantages le Major Seversky peut rêver à de nombreuses applications : " transports centre ville-banlieue [le serpent de mer de tous les VTOL américains], surveillance aérienne de la circulation [toujours tout tourne autour de la bagnole !], reconnaissance militaire (la grille ouverte constitue une cible médiocre), sauvetage, observation météo, antenne volante [c'est à dire AWACS] , machine anti-missile ". Naturellement à  un aéronef aussi révolutionnaire il faut des sources d'énergies tout aussi avancées . Et Seversky d'énumérer les " générateurs à turbine à gaz …destinées d'abord à produire de l'électricité sur les vaisseaux cosmiques ….peuvent servir aux mêmes fins sur l'Ionocraft, les piles à combustibles, les batteries solaires…[avec lesquelles]on pourra construire des Ionocraft à autonomie de vol presque illimitée [au moment où j'écris cela je peux vous dire qu'il fait un temps à ne pas mettre une " Iononef " dehors ], le mercure en ébullition [via l'échauffement solaire !] ou même radiation d'ondes ultra-courtes ". Laissons la conclusion finale à Severski " nous en sommes au même point que les frères Wright en 1903 ". Oui mais ils ont réussi à décoller …enfin sauf à imaginer que Severski s'est ensuite réfugié dans la Area 51…car on n'a jamais plus entendu parler de son projet.
En mai 1955, l'Ordnance Tank Automotive Command répondit à un appel d'offre codé " ASTRON " dont le but était de " développer une arme-X pour le rôle de char moyen. Une telle arme-X devait être disponible pour mise en production au plus tard en 1958 " (cette date fut ensuite repoussée à 1961). Deux firmes privées General Motors et Continental Motors reçurent un contrat de développement de même que le département d'engineering de l'OTAC qui était rattaché à l'Arsenal de Détroit. La réponse de l'OTAC tenait en deux propositions : le char moyen " Rex " et le véhicule de reconnaissance composite Falcon + Aerie (in French in the text : le Faucon dans son Nid). Le Nid était un châssis dérivé du char Rex d'un poids de 20 tonnes avec un équipage de deux hommes. Une plate-forme élévatrice hydraulique permettait de sortir le Faucon de son Nid. Le Faucon était un engin blindé (en feuille de titane de 25mm) monoplace d'un diamètre extérieur de 113 pouces ( 282 centimètres). Dans ce carénage tournaient deux soufflantes contrarotatives entraînées par un moteur en étoile de type non spécifié. Le pilote était positionné dans une bulle de plexiglas dans la partie inférieure de l'engin. 6 tubes lance-roquettes constituaient l'armement offensif du Faucon, le pilote ayant également pour la défense une mitrailleuse de 12.7 manuelle (comme dans un nez de B17 quoi !). Ce projet fut présentée lors d'une conférence d'évaluation ASTRON les 17 et 18 Mai 1955 mais après étude, aucun des projets ASTRON (ni le Faucon, ni Rex ni les projets du privé dont le fameux " Mère Poule et ses Poussins " inspiré des Waffenträger allemands de la 2ème guerre mondiale) ne fut estimé " présenter d'avantages suffisants sur un char conventionnel pour en justifier le développement ". Notez qu'en France aussi Breguet s'intéressa au char volant blindé avec armement en tourelle...plus proche du char du carnaval que du Tigre toutefois semble-t-il car deux petites turbines Astazou de 500 ch  auraient dû suffire à le faire voler.
Le sommet du genre fut probablement atteint avec les " lift packages " (modules de sustentation) de Hiller à base de...pulso-réacteurs (pensez moteur de V1). Hiller construisit des prototypes de " lift packages " qui fonctionnèrent correctement mais ne furent jamais inclus dans aucune cellule...dommage quand on pense qu'Hiller avait proposé d'en embarquer dans la coque d'un sous-marin " de moyen tonnage " pour lui permettre d'éviter la poursuite des destroyers ennemis en s'esquivant par la voie des airs (si vous avez du mal à imaginer cela voyez le film d'Inoshiro Honda " Ataragon ".


©
Aérostories, 2001.

par Jean-Christophe Carbonel

L'iononef de Seversky en couverture de Mécanique Populaire                           Clic

Le Faucon dans son Nid (à chenilles, le Nid !!!)
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Le Faucon en vol (maquette). Malgré le côté fantastique de l'engin le pilote n'est toutefois armé que d'une banale 12.7 , comme dans un B-17!   Clic

Sous-marin équipé de réacteurs verticaux . L'affiche du film de SF Japonais de Inoshiro Honda "Ataragon" représente assez bien ce que devait être le concept Hiller.   Clic

Retrouvez les VTOL/ADAV en maquettes dans Modelstories.