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L'Armée de l'Air de l'armistice.

par Philippe Ballarini

5. La fin de l'armée de l'Air de l'armistice

L'armée de l'Air de l'armistice avait été engagée dans d'autres combats, comme à Gibraltar où des raids partis d'Afrique du Nord vinrent en septembre 1940 bombarder massivement les installations du rocher (en prenant bien soin de ne pas atteindre le territoire espagnol) ou lors de l'affaire de Madagascar où elle dut faire face en mai 1942 à des attaques britanniques. L'Angleterre craignait de voir cet immense porte-avions ancré au continent africain livré par Vichy aux Japonais. Les derniers combats de l'armée de l'Air de l'armistice eurent lieu en Afrique du Nord, contre les anglo-américains cette fois, lors des opérations qui suivirent le débarquement allié de l'opération "Torch" du 8 novembre 1942.

Les choses iraient alors très vite. L'amiral Darlan , successeur désigné de Pétain, de passage inopiné à Alger, poussé par des éléments de la résistance algéroise et en dépit de l'anglophobie ambiante, limita les dégâts en ordonnant un cessez-le-feu général dès le 10 novembre. Le 11, Hitler annonçait au maréchal Pétain l'entrée de ses troupes en zone dite "libre". Les 13 et 14, le général Mendigal, faisant la tournée des groupes de chasse d'Afrique du Nord, annonçait aux pilotes qu'ils reprenaient la lutte auprès des Alliés, sur du matériel américain ou anglais. Si, le 27 novembre 1942, Allemands et Italiens signèrent la dissolution de l'Armée d'armistice, l'Armée de l'Air put survivre en métropole sous l'égide du Secrétariat Général à la Défense Aérienne (SGDA), organisme qui avait vu le jour en mars 1943.

Plusieurs décennies après cet épouvantable imbroglio, il serait tentant de simplifier en établissant de hasardeux raccourcis entre "vichystes" (ou plutôt "légalistes") et "collaborateurs". Dans ces années troubles, rien n'était aussi tranché. En Syrie, par exemple, l'ennemi désigné était bien l'Angleterre, mais il était difficilement concevable de considérer l'Allemagne comme un allié. Par ailleurs, les officiers français qui avaient, dès septembre 1942, pris contact avec les Américains, furent avisés le 4 novembre que le débarquement aurait lieu le 8! Un peu court pour s'assurer que l'armée de l'Air de l'armistice ne s'opposerait pas au débarquement. Situation d'autant plus hasardeuse que si les pilotes français n'étaient pas équipés de matériel très performant, ils s'étaient bien aguerris. Ces pilotes et navigants français, prêts à s'étriper mutuellement il y a peu, pourront ensemble reprendre enfin la lutte contre les forces de l'Axe (non sans parfois quelques tiraillements).

Le choc provoqué par Mers el-Kébir joua vraisemblablement un rôle déterminant et détestable dans l'attitude des militaires de l'armée de l'armistice vis-à-vis des forces britanniques, puis anglo-gaullistes. Porter un jugement hâtif sur cette armée de l'Air des années sombres serait se livrer à un raccourci historique hasardeux. Suivons en ce sens François de Labouchère, pilote des FAFL (Forces Aériennes de la France Libre), qui disait lui-même: « La difficulté était devenue non de faire son devoir, mais de le discerner. »

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Aérostories, 2000.

Ouakam 1942: un groupe de pilotes pose devant un Curtiss H75-A. Short et casques coloniaux de rigueur. On pourra remarquer l'absence sur le capot moteur du Curtiss des fameuses "bandes d'armistice".  Document S.H.A.A.  Clic

Aux termes des conventions d'armistice, les appareils laissés à l'Armée de l'Air de l'armistice devaient porter des marques distinctives, en particulier des bandes rouges et jaunes sur l'empennage et les capots moteur, ainsi qu'une bande oblique tricolore sous les ailes, visibles sur ces Potez 631 et Breguet 695. Si cette consigne fut suivie en métropole, son application fut moins systématique dans les colonies.
Document S.H.A.A.   Clic