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L'Armée de l'Air de l'armistice.

par Philippe Ballarini

2. Mers el-Kébir

Il n'y avait pas que l'aviation à avoir quitté la métropole: dans la rade de Mers el-Kébir, près d'Oran, se trouvaient des bâtiments de la Marine, et non des moindres. Les clauses de l'armistice stipulaient que les forces de l'Axe renonçaient à mettre la main sur la marine française. Cela dit, on se souvient de la façon dont, par le passé, Hitler tenait ses promesses!

L'amiral Sommerville reçut à Gibraltar l'ordre le 1er juillet 1940 de faire route vers Oran et d'obtenir le ralliement de la flotte française, son départ pour les Antilles ou son sabordage, à défaut de quoi il devrait la détruire pour éviter qu'elle ne rallie des ports français de métropole. La suite est connue: l'arrivée de la flotte britannique devant Oran le 3 juillet, le refus de l'amiral Gensoul de céder à l'ultimatum, l'impossibilité pour la flotte française de manœuvrer dans la rade, l'attaque britannique et la mort de près de 1300 marins.

L'armée de l'Air n'était pas restée sur la touche. Le général Pennes prit l'initiative de faire intervenir ses avions disponibles et il donna l'ordre de procéder à une rapide remise en état d'autres appareils pour lutter contre les incursions aériennes d'appareils anglais. Au moment où le bombardement britannique commençait, les premiers chasseurs français arrivaient sur les lieux. Ils ne purent qu'empêcher les bombardiers en piqué
Skua de faire trop de dégâts. En raison des importants délais qui étaient nécessaires à sa remise en service, l'aviation de bombardement ne put intervenir.

Cette lamentable affaire de Mers el-Kébir eut des conséquences insoupçonnées. Les clauses de l'armistice furent assouplies et on reporta sine die la démobilisation de l'armée de l'Air. En fait, on lui redonna une certaine organisation, dûment contrôlée par l'occupant. La raison invoquée était la nécessité de se prémunir contre d'autres attaques semblables.

Une autre conséquence, et non des moindres, fut un vif ressentiment des militaires non démobilisés (et d'une forte partie de l'opinion) contre l'Angleterre. Le choix de la conduite à tenir pour chacun de ces aviateurs et marins devint soudain bien plus difficile. Se préparer à rentrer en lutte contre l'Allemagne et l'Italie, soit! Mais comment choisir le camp de ceux qui venaient de bombarder la flotte? Dans de telles conditions, il est certain que bon nombre de ces combattants qui ne rêvaient que de reprendre un jour la lutte ne purent plus se résoudre à voir dans l'Angleterre un allié.
Dans les premiers jours de juillet 1940, il était sans doute plus tentant pour nombre d'équipages français d'aller exercer des raids de représailles sur les forces britanniques de Gibraltar (comme ce fut le cas) que de rallier de Gaulle à Londres. Une tentative de ralliement, ne l'oublions pas, était un acte de désertion contre lequel des mesures de la plus grande sévérité avaient été prises, jusqu'à la consigne de tirer sur un appareil qui aurait tenté de s'échapper. L'obéissance fut globalement la règle.

©
Aérostories, 2000.

[ suite ]

Novembre 1940, Oran - La Sénia: un LeO-45 de la 2ème escadrille du GB II/11. Il porte l'une des marques de Vichy: une bande latérale blanche sur le fuselage, à ne pas confondre avec celles qui avaient été apposées sur les Potez 631 en juin 40 pour éviter la confusion avec les Bf-110.
A Mers el-Kébir, les LeO 45 n'étaient pas en mesure d'intervenir. 

Document S.H.A.A.  Clic

A l'ultimatum lancé par l'amiral Sommerville, Gensoul avait répondu: « Nous répondrons à la force par la force. »  On pourra discuter à l'envi de l'opportunité de cette attaque dont l'un des effets imprévus aura été de maintenir l'existence de forces aériennes françaises.     Clic