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L'Armée de l'Air de l'armistice.

par Philippe Ballarini

1. Vae victis!

Malheur au vaincu! Le prix de la défaite fut payé au prix fort par l'armée de l'Air, car outre d'avoir à subir l'humiliation du vaincu, il lui fallut jouer le rôle de bouc émissaire lors d'un procès inique et subir une campagne de dénigrement dont les effets seront sensibles pendant plusieurs décennies, au mépris de l'évident esprit de sacrifice de ses navigants.
(Voir l'article "1940: où est donc l'aviation?")

Dès que les négociations d'armistice commencèrent, le 15 juin 1940, les ordres furent donnés: tout ce qui pouvait voler, tout le personnel qui le pouvait, tout devait passer en Afrique. En fait, bon nombre d'appareils n'avaient pas l'autonomie suffisante pour un tel voyage. À la mi-juin 1940, tout le tissu militaire français était dans un état de désorganisation épouvantable. La débrouillardise prévalut sur l'organisation, mais à peu près tout ce qui était encore "bon de guerre" partit en Afrique du Nord et on s'évertua à ne laisser en métropole que les appareils en mauvais état. Ce repli s'effectua dans des conditions parfois rocambolesques, dans une indescriptible pagaille. Des pilotes livrèrent leurs appareils en Algérie, revinrent en métropole par Air France pour récupérer d'autres avions. Ailleurs, ce furent des groupes de reconnaissance en entier qui partirent sans ordre aucun. 

Nombreux furent ceux qui, au sein de l'armée de l'Air, considéraient comme évident que la lutte allait repartir à partir de ces bases arrières. D'autre part, dans d'autres parties de l'empire colonial français, les forces aériennes étaient intactes, que ce fût en Indochine, dans le Levant, à Madagascar, en A.E.F. (Afrique Équatoriale Française) ou en A.O.F. (Afrique  Occidentale française). Rien qu'en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), près de 640 appareils étaient disponibles. Cette accumulation de forces aériennes, où se côtoyaient des chasseurs H-75, D-520, MS-406, des bombardiers Glenn Martin, LeO-45, DB-7, Amiot 351 ainsi qu'une kyrielle d'appareils divers, Potez 63-11 et autres MB-174, pouvait laisser à penser que la partie était loin d'être perdue.

Il convient toutefois de faire un état des lieux un peu plus circonstancié. Un amoncellement d'appareils divers n'a jamais constitué une force aérienne. Or, on est en droit de se demander comment une armée de l'Air totalement désorganisée aurait pu, par un tour de passe-passe, devenir une arme opérationnelle efficace en quelques jours. Les groupes étaient incomplets, les équipes et le matériel de maintenance, les mécaniciens et spécialistes divers étaient demeurés en métropole. Comment auraient-ils tous pu rejoindre les bases d'Afrique du Nord? Quant aux unités des autres colonies, elles étaient le plus souvent dotées de matériel complètement dépassé et leur importance numérique n'était guère à prendre sérieusement en considération dans le cadre d'une contre-attaque. Pis encore, bon nombre d'appareils repliés se trouvaient incomplets et mal équipés pour le combat, certains sans armes ou sans collimateur.

Néanmoins, il n'en demeurait pas moins évident aux yeux de certains éléments de l'armée de l'Air outre-mer que les combats reprendraient.
Les 22 et 24 juin 1940, les armistices étaient signés avec l'Allemagne et l'Italie. Le maréchal Pétain l'avait annoncé le 17 juin: « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat... » Ailleurs, une autre voix avait résonné les 18 et 22 juin: « J'invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l'air, où qu'ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi. »

Les conditions de l'armistice étaient dures pour les ailes françaises. Ce qui était visé, c'était la suppression pure et simple de l'armée de l'Air et la livraison des appareils aux vainqueurs, clause qui fut supprimée sur l'intervention du général Bergeret. La démobilisation était prévue pour le 15 septembre 1940 au plus tard et les vols furent interdits dès le 25 juin.

©
Aérostories, 2000.

[ suite ]

L'étendue des possessions françaises pouvait laisser espérer la reprise des combats depuis l'empire colonial. Sur cette carte de l'Afrique extraite d'un atlas   d'avant-guerre (F. Maurette), les territoires français en Afrique sont colorés en violet (y ajouter le Maroc et la Tunisie sous protectorat). La limite entre A.O.F. et A.E.F. a été colorée en vert par nos soins.
Coll. J. Ghémard      Clic

Si les vainqueurs avaient provisoirement toléré la survie d'une Armée de l'Air française à la défaite de 1940, ils n'en avaient pas moins largement ponctionné dans le parc aérien, soit pour leur propre usage, soit pour leurs alliés finlandais, hongrois ou croates.
Ici, un Morane-Saulnier MS 406 aux couleurs de la Luftwaffe. Il portera bientôt le svastika finlandais.
Document S.H.A.A.  Clic

Le Potez 25 TOE (Théâtres d'Opérations Extérieures) était largement représenté en Indochine. Cet ex-appareil de grand raid, qui avait été affecté à la surveillance du territoire, se vit pourtant confier des missions de combat au Levant.
Un Potez 25 TOE au Laos en août 1939.
Document S.H.A.A.   Clic