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Saint-Exupéry:

L'Aéropostale : Naissance d'un homme de lettres.

La mécanique était le passeport d'entrée chez Latécoère, le directeur d'exploitation Didier Daurat pensant que ses pilotes devaient d'abord mettre la main dans le cambouis avant de pouvoir s'aventurer dans les airs et sur les lignes. Saint-Exupéry n'était pas du tout rebuté par cette tâche manuelle et technique, intéressé qu'il était par la mécanique depuis de longues années. Son vol d'essai ne se fit cependant pas attendre, et après la présentation d'aptitudes concluantes, Antoine de Saint-Exupéry fut retenu parmi les pilotes de la compagnie générale aéropostale Pierre Latécoère. Le parc aéronautique était à cette époque encore principalement constitué de Breguet XIV, qui malgré tous les soins apportés par les mécaniciens et leur légendaire robustesse tombaient quelquefois en panne. La ligne aérienne africaine de Latécoère reliait alors Toulouse à Dakar, coincée dans sa partie africaine entre le désert et l'océan. Les difficiles relations entre les peuplades maures au sud du Maroc et dans l'actuelle Mauritanie rendaient certaines pannes sur cette portion du trajet particulièrement périlleuses. L'équipage de Gourp venait d'y laisser la vie, tandis que d'autres équipages furent enlevés pour être restitués au prix de rançons très importantes. Aux yeux de Daurat, Antoine avait les qualités requises pour retourner la situation et sécuriser cette portion de la ligne. Il fut affecté à l'escale de Cap Juby.
Les multiples biographies de Saint-Exupéry donnent différentes chronologies de cette époque, certaines font état d'une participation à cette ligne en tant que pilote avant d'être affecté à Cap Juby. Certaines retracent une panne en plein désert qui lui auraient inspiré, lors de sa nuit passée à garder son avion, certains passages de
Courrier Sud et Terre des Hommes, voire même du Petit Prince. En dépit de ces incertitudes chronologiques et de détails, il est certain qu'Antoine n'est pas resté insensible au désert, à sa beauté et son immensité. De la même façon, on peut assurer que ces mois passés dans le désert sont à la base de son œuvre littéraire, pourtant composée de seulement cinq livres plus un inachevé et publié à titre posthume. Il resta dix-huit mois à l'escale de Cap Juby, y réalisant sa tâche de diplomate auprès des Maures et des Espagnols, effectuant des sauvetages d'équipages en panne ou capturés, et rédigeant de nombreuses pages. A son retour en France, en mars 1929, il avait sous le bras son manuscrit de Courrier Sud, qu'il présenta à Gallimard. Il signa un contrat avec l'éditeur et vit son premier ouvrage publié dans le courant de l'année. Après quelques vacances en famille et un stage de navigation maritime, il retourna chez Latécoère pour y vivre une nouvelle étape importante de sa vie, la création de la ligne d'Amérique du sud.

©Aérostories, 2001.

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par  Hervé Brun

Cet article est essentiellement illustré avec des images disponibles à la photothèque du SHAA. La reproduction de ces images est interdite. En revanche, chaque image possède sa référence (nom du fichier JPEG) et peut être commandée au SHAA.

Breguet Br XIV des lignes aériennes Latécoère au-dessus du Maroc.
Carte postale Flandin, collection auteur.
©SHAA (ref:B95-5040)                           
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Photo dédicacée par Latécoère à M. Laurent-Eynac, représentant un alignement de Br XIV de sa société sur le parking de Toulouse, très vraisemblablement en 1926.
©SHAA (ref:B87-4444)                           
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