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Saint-Exupéry:

La disparition.

Tout a été écrit sur sa mystérieuse disparition, il s'en est dit encore davantage. Au gré des lectures, on trouvera la thèse du suicide, celle de l'assassinat politique, le combat aérien perdu, l'accident en mer, l'accident sur les Alpes. Laissons à tous les auteurs de ces différentes interprétations des faits ou des on-dit la liberté de leur opinion. Les archives consultées au Service historique de l'armée de l'Air à Vincennes et au Smithsonian National Air and Space Museum à Washington établissent des faits clairs et précis, le reste n'est que spéculations.
Antoine a décollé de Bastia-Borgo à 08h45 le matin du 31 juillet 1944. Son secteur de travail était Chambéry-Annecy-Lyon-Villefranche sur Saône. Les Alliés disposent de radars et de moyens radio permettant de suivre le départ d'Antoine de Saint-Exupéry en direction du continent, mais ne peuvent plus capter son écho une fois au-dessus des reliefs. Il devait rentrer vers 12h15, voire 12h30. Les radars et écoutes radio auraient dû l'intercepter s'il était revenu, avait passé les côtes dans le secteur Hyères-Nice prévu, et à son niveau de vol usuel. La fiabilité des radars installés et utilisés à l'été 1944 est reconnue, tout comme on sait que les performances de ce matériel étaient très dépendantes des conditions météorologiques et de l'altitude de l'appareil à contrôler. La météo était bonne ce 31 juillet sur la Corse, pourtant, si le radar pouvait porter jusqu'à la côte dans le secteur de retour prévu, on peut émettre de sérieux doutes quand sa capacité à couvrir le secteur de Marseille. De toutes façons, dans le cas d'un retour à basse ou très basse altitude, il aurait été impossible d'acquérir l'écho du Lightning dès son passage des côtes. Les écoutes radio n'ont permis d'enregistrer aucun trafic radio ni Allemand ni Allié concernant la mission d'Antoine. Saint-Exupéry n'a pas lancé de SOS ou aucun appel de quelque nature que ce soit, comme l'avait fait la veille un autre pilote de Lightning de reconnaissance abattu au-dessus de la mer lors de son retour vers la Corse.
Aucune revendication de victoire sur un Lightning n'existe dans ce qu'il reste des archives de l'Axe pour ce théâtre d'opérations, le 31 juillet 1944. Le Lightning, au même titre que son homologue britannique le Mosquito, représentait une proie prestigieuse pour un pilote de chasse.
Antoine a décollé à bord d'un avion en bon état qui n'a pas été usé par des unités américaines avant d'être affecté aux Français. Malgré l'état de cet avion, rien ne permet d'éliminer la possibilité d'une panne, d'oxygène notamment. L'autonomie de l'avion permet de situer un lieu de chute probable dans un rayon de 1 600 à 1 700 kilomètres autour de Bastia, ou plus exactement dans un rayon de 1 300 à 1 400 kilomètres autour du segment Hyères-Nice. Le Lightning F5B était le premier avion opérationnel à disposer d'un véritable pilote automatique de marque Sperry qui pouvait conserver un cap donné sans intervention du pilote. Ce système Sperry n'avait aucune action sur le maintien d'une altitude (niveau de vol). En revanche, le pilote pouvait régler des compensateurs sur ses gouvernes de profondeur (trimmer son avion) pour lui permettre de tenir sans trop de difficulté un niveau de vol à un régime moteur et un angle d'attaque des pales d'hélice stabilisés. Saint-Exupéry avait assez d'expérience pour trimmer convenablement son avion.

©Aérostories, 2001.

par  Hervé Brun

Cet article est essentiellement illustré avec des images disponibles à la photothèque du SHAA. La reproduction de ces images est interdite. En revanche, chaque image possède sa référence et peut être commandée au SHAA.

Un P-38 "Lightning", le "diable à deux queues", au-dessus de l'Italie.
©SHAA                                        Clic

Le Lockheed F-5B (ici, celui à bord duquel disparut le lieutenant Agliany) était une des versions de reconnaissance du P-38 "Lightning".

©SHAA                                        Clic