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Saint-Exupéry:

Pilote de reconnaissance.

par  Hervé Brun

Les politiques attentistes ne firent malheureusement rien pour éviter la guerre et les conséquences de la soif d'expansionnisme de l'ogre nazi. La mobilisation générale rappela le capitaine de réserve Antoine de Saint-Exupéry sous les drapeaux. Les visites médicales d'incorporation déclarèrent Antoine inapte à l'intégration aux personnels navigants, lui qui moins de six mois plus tôt battait le record de la traversée de l'Atlantique Nord sur l'hydravion Latécoère " Lieutenant de Vaisseau Paris ". Cette décision parut complètement injuste et injustifiée à Saint-Exupéry qui fit intervenir le chef du cabinet militaire du Ministre de l'Air pour prendre la place qui lui revenait de droit dans une unité combattante. Il fut affecté dès le mois de novembre à la troisième escadrille du Groupe de grande reconnaissance II/33, alors équipé de Potez 637, sur le terrain d'Orconte en Haute-Marne. Retrouvant la chaleureuse ambiance intime et amicale qu'il avait connu aux débuts de l'Aéropostale, Antoine se sentit chez lui au milieu de ses nouveaux amis, partageant avec eux la précarité de leur situation et les rigueurs de l'hiver 1939-40, particulièrement froid. Pas plus les demandes du Ministre de l'information que celles du directeur du Centre National de la Recherche Scientifique n'arrivèrent à convaincre Saint-Exupéry de lâcher ses amis. Pourtant l'un qui voulait faire d'Antoine, l'écrivain renommé outre-Atlantique, un ambassadeur de la France auprès des Américains comme l'autre, qui voulait faire, de l'inventeur ingénieux d'un système de télémètre, un personnel de l'Armée de l'Air détaché à la section des recherches appliquées du CNRS, n'eurent jamais raison de la fidélité de Saint-Exupéry pour ses camarades d'infortune et de combat.
Durant cette Drôle de Guerre, l'escadrille fut convertie sur le tout nouveau Bloch MB 174, dont l'honneur d'effectuer sa première mission fut allouée par un heureux concours de circonstances à Antoine. Sitôt la Blitzkrieg allemande enclenchée, la guerre prit son vrai visage et préleva son tribut de vies humaines, jusque dans l'unité. Saint-Exupéry remplit son rôle avec professionnalisme et précision, accomplissant avec brio la célèbre mission sur Arras, qui allait devenir la toile de fond de son nouveau roman
Pilote de Guerre. Cité à l'ordre de l'Armée Aérienne pour cette mission exemplaire, le capitaine de Saint-Exupéry ne put rien d'autre que faire progressivement retraite avec son unité jusqu'au terrain de Perpignan d'où il s'envola pour Alger, le 20 juin 1940. La défaite française puis la politique qui se dessinait ensuite amenèrent le capitaine de Saint-Exupéry, hostile au nouveau gouvernement de Vichy et pas attiré par l'engagement au sein des Français libres qui avaient rejoint à Londres le Général De Gaulle, à s'exiler aux Etats-Unis, d'où il lui semblait qu'il aurait été le plus utile à la France.

©Aérostories, 2001.

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Cet article est essentiellement illustré avec des images disponibles à la photothèque du SHAA. La reproduction de ces images est interdite. En revanche, chaque image possède sa référence et peut être commandée au SHAA.

Une vue digne d'intérêt car rare: un Potez 637 de reconnaissance en vol.C'est ce type d'appareil qui équipait le groupe de reconnaissance II/33 sur le terrain d'Orconte à l'automne 1939. Ces appareils sont reconnaissables à leur gondole ventrale où prenait place l'observateur.
©SHAA (ref:B83-2809)                           
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De gauche à droite, Moreau, Saint-Ex et guillaume, trois pilotes du GR II/33, dans la salle de détente à l'unité, à Athiès-sous-Laon, pendant la "drôle de guerre". Saint-Exupéry explique à ses camarades le principe d'une de ses inventions, installé sur le billard.
©SHAA (ref:B94-4536)                           
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C'est avec un Farman de ce modèle que Saint-Exupéry passera de la France à l'Algérie après l'armistice du 24 juin 1940.
©SHAA (ref:B97-1884)                           
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