[accueil]  [sommaire général]  [sommaire précédent]  [forums]  [modelstories]  [livres & magazines]  [liens]

Berlin 1949: l'installation dans la guerre froide.

par Philippe Ballarini

Berlin a tenu. Ce fut bien entendu le fait de l'extraordinaire machine logistique mise en place par les Anglo-américains, mais également parce que l'hiver 48-49 fut particulièrement clément. Il convient de rendre justice aux Berlinois et surtout aux Berlinoises qui pendant cette période, firent des efforts immenses. Sous-alimentés, vivant souvent dans des conditions précaires, ils dépensèrent une intense énergie pour décharger le ravitaillement et construire un nouvel aérodrome à Tegel. Sans doute la crainte de tomber sous l'emprise des Soviétiques a-t-elle décuplé leur énergie.

Toujours est-il qu'à l'approche de l'hiver 48-49, les Soviétiques étaient persuadés que la chute de Berlin-Ouest n'était l'affaire que de quelques semaines, ce qui eût sans doute été le cas si les conditions climatiques n'avaient pas été aussi clémentes. En janvier 1949, ce sont deux cent vingt-cinq C-54 "Skymaster" et 131 appareils civils ou de la RAF dont disposait désormais le général Tunner, portant la moyenne quotidienne à 5546 tonnes.

Les 16 et 17 avril 1949, Tunner organisa son "défilé pascal". Ce furent 1398 vols qui furent organisés vers la ville, livrant ainsi 12 941 tonnes de marchandises en vingt-quatre heures. Cela suffit sans doute à convaincre les Soviétiques que seule une opération armée leur permettrait d'investir Berlin-Ouest.

Il fallait laisser une porte de sortie à Moscou : au cours de pénibles tractations des diplomates à New York, on décida de l'organisation d'une conférence sur la question allemande.

Le 12 mai 1949, les Soviétiques levaient le blocus. Les liaisons ferroviaires et routières étaient rétablies. Le pont aérien ne cessa pas aussitôt pour autant. Les Américains, craignant une volte-face de Moscou, le maintinrent jusqu'au 30 septembre 1949 pour constituer des stocks.
C'étaient  2 323 067 tonnes de fournitures diverses qui avaient été livrées à l'ex-capitale du Reich.

Le pont aérien le plus célèbre en Europe n'était pas le premier : la Luftwaffe avait innové en 1936 en établissant une noria de Junkers Ju-52 entre le Maroc espagnol et le péninsule ibérique pour transporter l'armée de Franco.

La guerre froide commençait, qui allait s'exporter sur d'autres théâtres d'opérations et d'autres enjeux, comme la Corée, Cuba ou le Viêt-Nam. Les deux blocs avaient compris l'intérêt de placer les conflits loin de leur territoire national, évitant l'affrontement direct, dans un jeu d'échecs à l'échelle planétaire.

On s'installait dans la partition de l'Allemagne pour plus de quarante ans. Pour la fin du dernier acte de la seconde guerre mondiale, c'était un rideau de fer qui était tombé.

© Aérostories, 1999.   

De jeunes Berlinois assistent au déchargement d'un C-54 "Skymaster". Notons que la plupart d'entre eux ont les pieds nus en raison de la pénurie de chaussures.
DITE/USIS

Ces gamins de Berlin avaient inventé un nouveau jeu: celui du pont aérien. Ils ont visiblement reproduit la forme en arc de cercle de l'aéroport de Berlin-Tempelhof. DITE/USIS

Les Berlinois ont édifié ce monument en mémoire du pont aérien. Chacune des branches de l'édifice symbolise l'amorce de l'un des trois couloirs aériens. DR