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René Mouchotte

Seconde partie:
de l'automne 1940 à l'hiver 1941

par le sergent-chef G.D. Rohrbacher, du
Service Historique de l'Armée de l'Air

Responsabilités dans la RAF
Premiers compagnons disparus

Le 15 décembre 1940, le Squadron 615 rejoint Kenley, au sud de Londres et quelques jours plus tard, René Mouchotte a la joie d'y voir arriver Charles Guérin. Ce même mois, il se porte volontaire pour des missions de harcèlement au-dessus de la France mais, malgré son insistance, l'état-major britannique ne veut pas laisser les pilotes français survoler le continent pour le moment :
" Je suis dégoûté d'avoir tant sacrifié et de me sentir si inutile, après cet effort ! Je vais faire une demande pour partir au Canada comme moniteur !"

Noël 1940 se passe dans l'inquiétude pour sa mère, seule en France, mais  toujours avec la même détermination :
"24 décembre 1940 : Si, par hypothèse, le mouvement du Général de Gaulle n'existait pas, dans quel état d'abattement et de honte se trouveraient les Français ? Quel beau travail, autant pratique que moral, les Français libres ont-ils déjà accompli de leur terre d'exil. La vie est loin d'être gaie parfois, mais il semble que l'avenir est illuminé par l'accomplissement d'un idéal : la libération de la France."

Henry Lafont, l'un des compagnons de l'évasion du 30 juin 1940, abat le 26 février 1941 un Messerschmitt 109, au-dessus de la Manche. Le 4 mars 1941, alors qu'il avait été distingué par les Britanniques pour sa pondération et ses qualités de pilote, René Mouchotte se voit confier le commandement d'un des deux Flights (l'équivalent d'une escadrille française) de l'unité, en remplacement du titulaire du poste, malade. Le premier pilote F.A.F.L. disparaît au combat le 10 mars 1941 : Henri Bouquillard, le plus âgé de tous mais aussi volontaire de tous les combats, était très aimé et cette perte cause une émotion profonde chez tous ses frères d'arme. Henry Lafont venge un peu la mort de son aîné en abattant, ce même jour, un second Messerschmitt 109, au-dessus de la Manche.

Nommé officier.
Première victoire aérienne.
Attaques antinavires.

Le 16 mars 1941, René Mouchotte est nommé sous-lieutenant. À la déception de tous, le 17 avril, le Squadron 615 est envoyé au repos à Valley, à l'extrême nord-ouest du Pays de Galles, loin des combats principaux. Le matériel est fatigué, les pannes suspectes peuvent devenir tragiques lors des missions de protection de convois, à basse altitude :
"Le travail monotone est dépourvu de tout intérêt du fait de l'absence quasi totale de Boches. N'étant pas venu en Angleterre pour être le chef de patrouille de jeunes à l'entraînement, ne trouvant plus au 615 l'ambiance, l'émulation et l'activité propres à la poursuite de mon but, la zone d'opérations dans laquelle je me trouve pouvant aisément être  protégée sans mes humbles services, je décide de poser dès demain ma démission au Squadron Leader, et de faire une demande pour réintégrer dans ce que j'appelle une unité combattante."

Le 10 mai, Charles Guérin est victime d'une fuite de glycol et doit poser son avion en mer. Il coule immédiatement et disparaît à jamais; René Mouchotte rentre seul, désespéré, il vient de perdre son meilleur ami et reste seul Français dans l'unité, avec Henry Lafont et Yves Brière. Le lendemain, il se porte volontaire pour les "Hurricat", des chasseurs "Hurricane" catapultés en plein océan Atlantique depuis des navires marchands, pour la protection des convois vitaux en provenance des États-Unis. Mission éminemment dangereuse car une fois l'avion catapulté, la seule possibilité pour le pilote consiste à amerrir le plus près possible du convoi marchand et être sorti rapidement des eaux glacées, où l'espérance de vie était très courte.  Son volontariat n'est pas retenu. Le 13 mai 1941, Yves Brière disparaît à son tour en mer, dans les mêmes conditions que Charles Guérin :
" Je reste seul avec Lafont. À qui le tour ? J'aime mieux ne plus penser, tellement cela me fait mal. Je veux désormais vivre comme une bête. À quoi bon tourner comme un fou autour de cette idée de malchance qui s'acharne après nous ? J'évite de m'apitoyer sur mon sort, rien de tel pour diminuer le courage. J'ai fait mon boulot jusqu'à présent. Je saurai le continuer ! Rien ne sert d'épiloguer ni de larmoyer. J'ai reçu un télégramme du Colonel Valin, essayant de me redonner du courage. S'il croit que je l'ai perdu, il se trompe car jamais autant qu'aujourd'hui, je n'ai autant serré les dents de désespoir de ne pouvoir me battre pour venger mes pauvres disparus. S'il savait à quel point je suis prêt à me lancer, désespérément, volontaire dans n'importe quelle aventure nécessitant une ardeur combative. J'aurais tellement honte de rentrer en France les mains vides ! N'aurait-on pas le droit de me traiter d'aventurier et comment me justifier ? J'ai un religieux devoir à remplir, en vengeant la mort de mes frères d'arme qui n'ont pas eu la chance, avant de mourir, de satisfaire leur ambition qui était de servir. " 21 août 1941 : " Je viens de recevoir un télégramme du Colonel Pijeaud, de l'état-major. Il m'envoie la confirmation du Général de Gaulle au sujet de ma nomination au grade de lieutenant. Bonne nouvelle pour le jour de mon anniversaire."

Nommé commandant par intérim d'un des deux Flights de son unité, il abat le 26 août son premier avion ennemi, un bombardier bimoteur Junkers 88, qui se pose en Irlande, où son équipage est interné :
" Je n'ai pas fait de seconde attaque et je n'ai même pas la satisfaction d'avoir une balle ennemie ayant fait un joli petit trou dans mon fuselage ou mes ailes. Enfin, le travail a été achevé, c'est l'essentiel. Le Squadron Leader m'avoue qu'il est enchanté car il m'estime beaucoup. Il dit qu'il est très rare qu'un pilote "descende" le premier Boche qu'il tire et que dans sa carrière, je suis le premier exemple."

Le 2 septembre 1941, il rédige avec un camarade britannique une lettre au parrain du Squadron 615, Winston Churchill, lui demandant d'intervenir pour faire réaffecter le 615 dans une zone de combats. Sa lettre est-elle déterminante ? Le 10 septembre, le squadron fait mouvement vers Manston, d'où il va mener des attaques antinavires sur les côtes de France, de Belgique et de Hollande, toujours sur Hurricane. Missions dangereuses, au ras de l'eau, dans la " crasse " et avec l'opposition de la redoutable Flak. Avec trois autres pilotes français, il projette de survoler les Champs-Elysées et l'Arc de Triomphe, pour le 11 Novembre suivant : tandis que trois avions utiliseraient des fumigènes aux couleurs nationales, le quatrième larguerait des petits drapeaux. Le 30 octobre 1941, le Général de Gaulle rend visite à l'unité :
" Pour la première fois, j'ai approché notre chef, le grand   responsable de la France Libre, celui vers lequel vont les espoirs de tous les vrais Français du monde entier. "

© Aérostories, 2001.

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René Mouchotte , équipé de sa "Mae West", le gilet de sauvetage gonflable appelé ainsi pour la poitrine avantageuse qu'il confère, à l'instar de l'actrice américaine du même nom.

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Document DR
Légende SHAA

Un "Hurricat" catapulté depuis le pont d'un cargo. Les missions effectuées à bord de ces appareils étaient particulièrement périlleuses et coûteuses en hommes.

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Imperial War Museum
(Ce document ne figure pas dans
les carnets de René Mouchotte. NDLR)

Le Premier ministre britannique Winston Churchill et le général de Gaulle, chef des Français Libres.
En septembre 1941, René Mouchotte n'hésite pas à envoyer une lettre à Churchill, où il se plaint de voir le Squadron 615 éloigné de la zone principale des combats. (Churchill était
Honorary Air Commodore de la R.A.F., mais aussi le parrain du squadron 615 "County of Surrey").

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Collection SHAA