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Avions composites, avions parasites .

Short Mayo

par Philippe Ballarini

Dans l'entre-deux-guerres, l'aéronautique avait dépassé depuis longtemps les "sauts de puces" de ses débuts. Si la Première Guerre Mondiale avait vu se développer l'aviation militaire, l'heure était au défrichage des routes aériennes civiles. Le développement des technologies aéronautiques était une aubaine pour les nations disposant d'un vaste empire colonial. Pour autant, joindre d'un coup d'aile des territoires situés à plusieurs milliers de kilomètres relevait de la prouesse, au vu de l'autonomie limitée des appareils de l'époque. La période des années trente fut celle du développement du rayon d'action des appareils.

L'un des principaux intéressés par cette question fut le Royaume-Uni, compte tenu de l'immensité de son empire colonial, sur lequel, selon une expression consacrée, "le soleil ne se couche jamais".

Dans cette course au rayon d'action, où chaque pays développait une technologie propre, la compagnie britannique "Imperial Airways" misa sur l'hydraviation. La firme Short développa à cet effet un hydravion à coque de grandes dimensions, le Short
Empire Boat, qui fut construit à plus de cinquante exemplaires. Cet appareil de prestige, dont la carlingue abritait un bar et une cuisine, servit de base à un projet pour le moins original.

L'ingénieur Robert Mayo, concepteur de l'
Empire Boat, imagina un procédé visant à allonger de façon très significative la distance franchissable des hydravions. Une très importante quantité de carburant étant engloutie lors du décollage et de l'ascension jusqu'à l'altitude de croisière, il mit au point un quadrimoteur à flotteurs   de taille moyenne, le "Mercury", qui fut installé sur un hydravion à coque Short de série "C" baptisé "Maia".

La première démonstration publique eut lieu le 6 février 1938. Le
Maïa emporta sa charge et le Mercury se sépara du porteur à l'altitude de 225m. Le Mercury était destiné non au transport de passagers, mais de charges postales.

L'ensemble composite décollait sur les seuls moteurs du gros porteur, lequel emportait sa charge aussi loin que lui permettait sa réserve de carburant. Lorsque ce dernier était arrivé au point où il lui fallait faire demi-tour, le
Mercury, dont les réservoirs étaient pleins, lançait ses moteurs et se séparait du Maïa. L'appareil composite se distingua ensuite les 20 et 21 juillet 1938, par une traversée de l'Atlantique Nord, emportant 500kg de fret entre Foynes et Botwood, à la vitesse moyenne de 241 km/h, ce qui représentait à l'époque une belle performance.

Dans la course aux vols à longues distance, le
Short Mayo établit du 6 au 8 octobre 1938 un record du monde: pas moins de 9700 km entre Dundee (Ecosse) et l'embouchure du fleuve Orange (Union sud-africaine) à la vitesse moyenne de 228km/h et en dépit de vents contraires.

Malgré les commentaires enthousiastes de la presse de l'époque, ce système n'était qu'un pis-aller qui serait ultérieurement détrôné par des appareils de facture plus classique, mais mettant en jeu des moteurs d'un rendement supérieur pour des appareils d'une construction plus légère.

La guerre était réapparue: le
Maïa fut détruit lors d'un bombardement en 1941. Le Mercury, devenu inutile en tant qu'appareil, fut livré aux récupérateurs de métaux: en ces années de guerre, pas question de laisser dormir des matériaux stratégiques aussi précieux que l'aluminium.

Si ce système ne rencontra pas le succès escompté, il demeure l'une des tentatives les plus originales pour augmenter le rayon d'action des appareils. Le procédé ne fera pas école. Toutefois, d'aucuns sauront se souvenir de l'idée de Robert Mayo à des fins bien moins pacifiques...

©
Aérostories, 2001.

[ Mistel ]

La réponse des avionneurs allemands à la question de l'accroissement du rayon d'action: le moteur diesel dont la consommation spécifique est réduite.
Les 27 et 29 mars 1938, ce Dornier Do 18 équipé de deux moteurs diesel Junkers 205 avait relié Plymouth à Caravellas (Brésil), un vol de 8250 km d'un seul coup d'aile. Pour économiser le carburant au décollage, l'appareil avait été catapulté.

Document "L'Illustration"              Click

Le Canopus, le premier des hydravions Short de la série "C" sur l'un des slips de l'usine de production. Cet appareil connaîtra un certain succès et Short en extrapolera le célèbre hydravion militaire Sunderland, qui lui même, après la guerre, sera utilisé à des fins civiles, notamment lors du pont aérien de Berlin.

Keystone                                  Click!

Le composite « Maïa » au mouillage.
D.R.                              Click!

Une scène aéronautique peu ordinaire: un hydravion à coque portant sur son dos un hydravion à flotteurs. Notons au passage que sur ce cliché, les moteurs du Mercury semblent être en marche.

Keystone                                  Click!

23 février 1938: le Mercury se dissocie du Maïa lors d'essais en vol. Click!
Photographs New Agency