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1940: où est l'aviation?

par Philippe Ballarini

5. Le dénouement.

Sans nul doute l'Armée de l'Air aurait pu avoir une efficacité certaine dans le déroulement des combats au sol. Elle se trouva handicapée dès les premiers jours de combat. Son réseau de communications, vital dans la conduite des combats, ne fut pas à la hauteur de la situation. Le réseau radioélectrique était pauvre et les transmissions reposaient en bonne part sur le réseau téléphonique de l'armée de Terre dont il fut tellement insuffisant que bon nombre d'unités d'aviation n'avaient plus aucune communication avec les forces terrestres auxquelles elles devaient apporter l'appui-feu et la reconnaissance.

Lorsque l'on sait qu'au lendemain de Dunkerque, plus de 70% des appareils étaient indisponibles en raison de problèmes techniques (situation que l'on retrouve dans les blindés), on ne peut que souscrire aux propos de Patrick Facon, historien, lorsqu'il affirme "qu'avant même de perdre la bataille aérienne, l'Armée de l'Air avait perdu celle des recomplètements."

Le 18 juin 1940, alors que la France réclamait un armistice,  environ 60% des appareils disponibles quittaient la métropole pour l'Afrique du Nord avec pour but évident de poursuivre le combat depuis les colonies. Cette aviation exilée, si elle tomba effectivement sous le contrôle de Vichy, dans un légalisme  encore plus évident après l'attaque de la flotte française par la Royal Navy à Mers el-Kébir le 3 juillet 1940 (1300 marins tués), fut néanmoins un vivier de pilotes, navigants et mécanos, aguerris par la campagne de France,  et qui seront nombreux à reprendre les armes, qui depuis Londres, qui dans la célèbre unité soviétique « Normandie-Niemen ».

Que, comme l'ont prétendu certains, les responsables de l'état-major de l'armée de Terre, lors du procès de Riom,  aient comploté pour se servir de l'Armée de l'Air comme bouc émissaire semble pour le moins excessif. De même l'aviation française n'a jamais abattu, comme le veut une légende tenace, 1000 avions allemands.

Vichy a su installer de façon durable un mythe selon lequel l'aviation française se serait battue seule, mythe qui semble avoir la vie dure. La RAF, qui a payé un lourd tribut pendant la campagne de France, est en droit de partager la destruction de 853 appareils de la Luftwaffe.


Le maréchal Kesselring a pu écrire: « L'engagement ininterrompu de nos forces aériennes à partir du 13 mai avait littéralement épuisé le personnel et le matériel. Au bout de trois semaines de combat, les unités aériennes étaient tombées à 50 et même à 30% de leurs effectifs théoriques. »

Ces appareils abattus pendant la campagne de France feront grandement défaut à la Luftwaffe lorsque Hitler décidera d'attaquer l'Angleterre et on aurait tort de minimiser l'impact de la bataille de France sur la bataille d'Angleterre qui allait se jouer peu de temps après.

©
aerostories, 1999

Le Commandant Crémont du GC III/7 devant son Morane. Le MS 406, le chasseur standard de l'Armée de l'Air, était en 1935 le premier appareil à voler à plus de 400 km/h au niveau de la mer. Appareil maniable et de pilotage aisé, il sera surclassé en 1940 par les Messerschmitt Bf-109.
Après l'armistice, les MS 406 seront relégués à l'entraînement ou cédés par les allemands à la Finlande et à la Croatie.
Document SHAA (Service Historique de l'Armée de l'Air).

Tula (URSS) 1943: des mécanos s'activent sur un Yakovlev Yak-9 du "Normandie - Niemen"
Document SHAA

Il est résolument injuste et faux de prétendre que l'Armée de l'Air ne s'est pas battue en 40 ou qu'elle était absente du ciel, au simple regard des chiffres, injuste aussi compte tenu de l'esprit de sacrifice dont firent preuve ses équipages.